La famille, fabrique à souvenir

Carole, sa petite-fille (07/10/1976)
Fernand, son grand-père (12/01/1908 – 12/02/1991)

« C’est toujours comme ça que je t’ai imaginé bien des années après ton départ : Jeune et plein de vie, courant dans les champs autour de la vieille ferme familiale. Tu seras toujours un rayon de soleil dans mes journées de pluie, mon merveilleux papi, le côté lumineux de mon âme. Pour toujours et seulement pour toujours »

Louise, femme tondue. Déchirure patriotique !

Cliquer sur la photo pour voir le diaporama

2014FPFAuteursTondue. Ici : Tondue

« Louise, femme tondue. Déchirure patriotique ! »

Nous somme le Vendredi 21 aout 1944 à Albi qui vient d’être libérée.

A peine 11h20 que la chaleur d’été étouffe déjà Louise, 23 ans, jeune mère d’un nouveau-né. Dans sa modeste cuisine, elle pèle les pommes de terre qui serviront au repas du midi. D’un revers de la main elle essuie son front en sueur. Dehors, un brouhaha assourdissant se propage, créé par une foule hystérique. Elle n’ose pas regarder par la fenêtre, elle a peur, elle a un mauvais pressentiment….

La porte s’ouvre violemment, à moitié cassée par un grand coup de pied, un seul, largement suffisant à faire voler en éclat la serrure. Trois hommes, Louis, Michel et Just accompagnés d’une femme, Charlotte, entrent tels des enragés, ils gueulent : « Où te caches-tu sale nazie ? On va te faire la peau salope, à toi et à ton Batard de fils ! ».

Louise est tétanisée, elle ne bouge pas, elle sait qu’il est déjà trop tard. En la voyant Michel lui pointe le bout de son fusils entre les dents, Charlotte lui agrippe les cheveux en la traitant de tous les noms d’oiseaux, Louis et Just la bousculent, la giflent, la violence est à son apogée ! Elle est trainée dehors par Charlotte, lui tirant les cheveux comme on joue au tir à la corde. La foule est bouillonnante, les insultes fusent, les crashas pleuvent, les rires sadiques montent parmi les gueulards. L’atmosphère est lourde comme le temps qui annonce de terribles orages.

Louise pleure de douleur mais ne se défend pas, comme si elle s’y était préparée, comme si elle savait que cela lui arriverait. Elle est emmenée dans un wagon, un de ces wagons que les nazis utilisaient pour déporter des millions de personnes dont la majorité laissera leurs vies dans des camps de concentration.

Ses bourreaux, si on peut les appeler ainsi, résistants tout à leur honneur pendant l’occupation ou simples civils, deviennent le temps d’un instant peu glorieux des tortionnaires incontrôlables, la vengeance et la haine aveuglant leur raison.

Genoux à terre, la tête tenue fermement, le fusil toujours pointé sur son visage parfois carrément dans sa bouche, elle se fait tondre dans une violence inouïe. Sa belle chevelure toute noire s’éparpille autour d’elle sur le sol.

Sur son crâne rasé, ils restent quelques cheveux épars et du sang coulant des égratignures causées par la tondeuse à main mal aiguisée. La scène dure une heure mais l’humiliation restera gravée à vie dans la mémoire de Louise. Elle n’est pas la seule à payer les frais de cette folie inhumaine.

Louise, jolie et jeune femme, mais qu’avait-elle fait pour mériter pareille punition et  humiliation publique ?

Elle fut accusée de collaboration horizontale. Coucher avec l’ennemi de manière consentie, parfois même de manière non consentie, ou juste sur des (fausses) rumeurs, était considéré par beaucoup de Français comme une grande trahison qui ne devait pas rester impunie.

Fille d’une famille prolétaire, Louise était serveuse depuis peu dans un café-restaurant de la ville près du Q.G. nazi. Tous les matins, un officier allemand, proche de la trentaine, venait prendre son petit café. Blond aux yeux bleus, bien éduqué, maitrisant parfaitement la langue de Molière, par de petits poèmes, il charmait Louise pendant qu’elle le servait. Juste le fait de boire ses paroles avec attention et intérêt, les rumeurs commençaient déjà à faire bon chemin. Même si elle était consciente de l’interdit, même si elle résista un bon moment, elle finit par être séduite, les sentiments naissant firent le reste ; ils tombèrent amoureux !

En dehors de ses services petits déjeuners au café, elle le fréquenta secrètement pendant un semestre avant qu’il soit appelé sur le front russe, puis tué lors de la prise de la ville de Berlin par les alliés en 45. Elle tomba enceinte de lui deux mois avant son départ, accoucha et éleva seule le petit Albert.

Lors de son « arrestation » sauvage, des lettres, écrites en français, furent trouvées et lues sur la place publique. C’étaient des lettres d’amour. Dans ces écrits, ils se racontaient leur manque respectif, leurs peurs d’être séparés définitivement par cette guerre que lui-même ne souhaitait pas, n’avait jamais souhaité, le désir de Louise de le rejoindre à Berlin et de vivre avec lui et leur fils. Elle n’a jamais dénoncé un seul résistant. Elle n’a jamais dénoncé un seul « juif ». Et, il ne lui a jamais demandé de le faire. C’était juste une véritable histoire d’amour !

Pour Louis, Michel, Just, Charlotte et la foule, ces écrits étaient la preuve de la réalité de cette « collaboration horizontale ». Amour ou pas, peu importe, on ne fricote pas avec l’ennemi ! Elle devait payer sa trahison coûte que coûte. A leurs yeux, elle devait donc être une de ces femmes tondues ! Et même sans ces écrits, même sans preuve, elle y serait passée, la rumeur suffisait à cela.

Louise ne s’en ai jamais remise, traumatisée à vie. Elle déménagea pour fuir ses détracteurs et ses cauchemars. Elle mourut au début des années 60 totalement dépressive, tué par l’alcool, le chagrin et l’humiliation. On ne sait ce qu’est devenu le petit Albert.

 

Près de 20 000 femmes tondues en France entre 1941 et 1945 ! Beaucoup d’entre elles n’avaient pourtant aucune collaboration à leur actif et se sont faites humilier juste sur des rumeurs, dénonciations gratuites, sans preuve, sans pouvoir défendre leur innocence. Et la barbarie était à son comble lorsque ces tontes se terminaient par des agressions physiques, sexuelles ou viols.

Lorsqu’on vit et lorsqu’on sort d’une guerre aussi effroyable, il aurait été plus glorieux de rester digne jusqu’au bout, plutôt que d’utiliser des méthodes barbares, un genre de méthode que les armées françaises, puis les résistants, les alliés et tous ces morts pour la France ont combattus pour la liberté de tous. Quand la haine dépasse la raison !

Oradour, village martyr

Cliquer sur la photo pour voir le diaporama

Oradour-sur-Glane est le nom d’une petite ville du Limousin, à 22 kilomètres au nord-ouest de Limoges, où une unité de Waffen SS massacra, le 10 juin 1944, 642 hommes, femmes et enfants. Au recensement de 1936, la commune d’Oradour-sur-Glane comptait 1574 habitants, dont 330 agglomérés dans le bourg qui regroupait les services publics, les commerces et les artisans.
Après le débarquement allié en Normandie, le 6 juin, la division Waffen SS entreprend, le 8, de se positionner dans la région de Tulle et Limoges pour une opération de ratissage contre la résistance. Le 9 juin, la formation Waffen SS atteint Limoges, Guéret, Argenton-sur-Creuse. Partout il y a des massacres, des pillages, des incendies. Le massacre de 99 otages et la déportation de nombreux habitants de Tulle, le 9 juin, s’inscrivent dans une succession de drames. Ils culminent avec celui d’Oradour, le lendemain 10 juin. La troupe doit cantonner le 10 au soir à Nieul.
Le bourg d’Oradour se trouve sur le trajet de Saint-Junien à Nieul. La troupe Waffen SS arrive devant le bourg qu’elle encercle. Elle rassemble la population. Elle sépare les hommes, des femmes et des enfants. Elle exécute les hommes dans des locaux repérés. Elle tue au hasard des rues et des maisons pour qu’il n’y ait pas de témoin. Elle pille puis elle incendie. Elle massacre femmes et enfants dans l’église qu’elle tente de détruire avec des explosifs. Puis elle procède systématiquement à l’élimination des cadavres par le feu et la fosse commune pour empêcher leur identification. Elle accroît ainsi la terreur par l’impossibilité de reconnaître les morts, tout en laissant en évidence les traces du massacre. (Source : www.oradour.org)

You don’t have to wear that dress tonight

Cliquer sur la photo pour voir le diaporama

« You don’t have to wear That Dress Tonight » sont les paroles de la chanson « Roxane » du groupe musical « Police », et plus précisément sa reprise dans le film « Moulin Rouge » qui nous donne à voir et à entendre une très belle interprétation de celle-ci.
Cette série ne traite pas à proprement parlé de prostitution comme on peut le voir dans la thématique de la chanson, mais plutôt d’une forme de « prostitution » que nous impose parfois notre rapport aux autres, et ce dans différentes situations.
Nous devons parfois miser sur les apparences, donner une image propre de nous-même et ce en négligeant nos problèmes, notre état d’esprit du moment afin de renvoyer à autrui ce qu’on pourrait qualifier de « modèle d’épanouissement admis ». Nous parlons bien de convenances.
Il arrive parfois que cette obligation que nous nous imposons à nous-même car induite par notre environnement nous avons envie de l’envoyer balader et de dire « Je suis telle que je suis, dans ma vérité, avec mes casseroles et mes bobos, c’est ainsi que je suis façonnée, c’est ainsi que je me suis construite » au lieu du schémas de base voulant une description bien plus positive.
C’est pour cela qu’elle n’a pas à « mettre cette robe ce soir », qu’elle n’a pas à sourire alors que quelque chose lui occupe la tête, qu’elle n’a pas à se maquiller et à mettre sa plus jolie robe pour correspondre à ce que les gens attendent d’elle, qu’elle n’a pas à devoir répondre aux critères de convenances qui lui disent qu’elle dois être impeccable et digne, en sommes : qu’elle sois obligée de masquer l’intérieur pour sauvegarder l’extérieur. Il ne devrait pas y avoir de pudeur concernant nos maux.
Elle n’a pas à se « prostituer », à vendre son âme et à malmener son corps en modifiant ce qu’elle est vraiment pour espérer un quelconque retour des choses, que se soit financier ou d’une toute autre nature. D’autant plus si cela est fait dans la douleur et le déni de certaines difficultés. Et pour une fois, pour « ce soir » elle a décidé de laisser parler le corps et de lui permettra de prendre forme sous l’impulsion du psyché. Et pour ce faire elle a besoin d’enlever cette robe qui est souillée par tout ce qu’elle n’est pas, par des efforts qu’elle ne devrait pas faire car effectués dans le dépassement, par tout ce que qu’elle s »impose et ce que lui m’imposent les autres.
Cette robe qui l’étouffe littéralement et dont il est des fois très difficile de s’en défaire, très souvent au prix d’effort importants car sans elle, elle se retrouve à nue, à vif, mais dans le fond dans sa vérité, dans un juste état des choses. Et le regard des autres peut-être très agressif, car quand ils sont confrontés à certaines difficultés et à la maladie le rejet est de mise et l’opinion de la personne s’en trouve changée: Elle n’est plus cette personne: Elle est cette maladie. Elle est diminuée. Elle est défaillante.
Et par cette appréhension, par ce regard d’autrui assassin, elle est obligée d’enter dans le déni et de continuer à mener la danse alors qu’elle ne tiens plus sur ses jambes. En bref: elle ne s »arrange pas la vie et s »inflige des souffrances supplémentaire.
La main cachant le sexe à certes l’utilité de nous éviter des censures, mais aussi car le cœur de son problème se trouve ici, dans cette intimité mise à mal , comme la plaie que l’on tient dans sa main afin de lui apporter un peu de chaleur, de reconnaissance, ce qui permettra de faire taire la douleur, un petit peu du moins.
Et malgré cette robe enlevée, ce corps ensanglanté, elle se retrouve dans sa vérité mais aussi dans sa féminité, car on ne devrait pas avoir à choisir entre ces deux options: être femme ou être malade. Nous sommes femmes et nullement diminuées dans notre féminité à cause de la maladie. Et nous ne devons jamais donné le droit à quiconque d’en décider autrement. Il en était questions avec cette robe de convenance et de dissimulation, pourquoi en serait-il autrement sans ? On doit aimer les gens pour ce qu’ils sont vraiment: dans le meilleur tout comme dans le pire. Ceci les aident à surmonter les difficultés. En ayant la possibilité de verbaliser ceci la guérison s’en trouve meilleure. Tout comme l’image que nous avons de nous-même.
Voila pour la description de ce projet, en espérant qu’il trouvera un échos auprès de plusieurs personnes ».
Projet et texte d’Elsabeth Von Der Brücke (2011).

Au sous-sol de l’hôtel de la SNCF

Cliquer sur la photo pour voir le diaporama

Il y a un temps, les sous-sols de l’hôtel de la SNCF à Montauban étaient le repère de vagabonds, voleurs, filles de joie et autres personnes dites indésirables par les bien-pensants. Jamais fréquentés par les employés de l’hôtel, le grand couloir et les nombreuses pièces du sous-sol étaient considérés comme une zone de non-droit, bien sombre et sans ventilation : une atmosphère au-delà du glauque et des odeurs nauséabondes avaient de quoi effrayer le diable en personne ! La misère et la terreur y régnaient, sans foi ni loi. Aujourd’hui, on n’y trouve plus personne, sauf que certains montalbanais affirment que le fantôme d’une jeune fille, Irina, déambule dans le sous-sol  la nuit avec son petit ourson en peluche dans une de ses mains et une hachette dans l’autre ; et n’hésiterait pas à découper en plusieurs morceaux toute personne qui s’y aventurerait. La légende dit qu’Irina aurait été une petite fille orpheline assassinée atrocement à l’âge de 7 ans durant l’hivers 1946, dans ce sous-sol, plus exactement dans la pièce des machines… Après plusieurs disparitions mystérieuses, personne n’ose y pénétrer, les autorités ayant même barricadé les portes d’entrée… et de sortie.