Mickaël Zermati, membre du jury du Marathon photo MAP-Poussière d’image 2019

Mickaël Zermati, quel est votre parcours photographique ?
Après ma formation de tapissier d’ameublement à Paris en 2008, je suis parti vivre à New York. J’y ai acheté mon premier reflex numérique et commencé à photographier. La journée je travaillais comme menuisier, la nuit je sortais dans les bars et faisais des photos. A l’époque je ne cherchais pas à raconter quelque chose avec mes images, je voulais juste apprendre à regarder, à utiliser l’appareil et à devenir de plus en plus à l’aise avec la ville et ses habitants. Puis en 2012, je suis parti en Asie et j’y ai réalisé la série Lilong, une balade dans l’intimité de ce quartier de Shanghai la nuit.
En rentrant en France, je me suis installé à Toulouse, j’ai commencé les ateliers photo de l’Espace St Cyprien et c’est ici que tout a vraiment commencé. Je peux dire que ça a été mon école, une très bonne école à l’écoute des jeunes photographes, plus accès sur leur sensibilité que sur la technique pure, j’y ai fait des rencontres formidables.
En tant que professionnel, quel est votre domaine photographique de prédilection et pourquoi ?
Disons que j’ai commencé par m’intéresser à la street photography à New York puis à Shanghai, influencé par des photographes comme Robert Frank et surement car j’étais attiré par l’aspect cinématographique de la folie des grandes villes la nuit tombée. Ensuite, j’ai voulu raconter des histoires d’hommes et de femmes dans des périodes de vie qui me touchaient et me bouleversaient même à des moments, prendre le temps de comprendre qui ils étaient avec des projets de plus long ou moyen terme comme Zones, Partir ou rester ou La Roseraie. Depuis un an, je pratique un photographie plus personnelle, moins portée sur l’autre et plus sur des réflexions et sensations ressenties.

Vous êtes membres du Collectif Strabisme, pouvez-vous nous le présenter et nous expliquer sa finalité ?
Cette idée de collectif nous est venue en janvier 2018 lors d’une soirée un peu arrosée. La plupart d’entre nous ne se connaissait pas et le feeling est tout de suite passé. Entre Lilie qui venait de l’école d’Arles, Antonin d’une fac d’histoire et d’anthropologie, Margot des beaux-arts de Nantes, François de l’ETPA et moi de l’Ecole Boulle en tapisserie, nous nous sommes dits qu’en mélangeant nos différents univers et savoirs-faire cela pouvait vraiment être une richesse. L’idée de base était de créer des événements éphémères regroupant l’image, le son, la vidéo, le graphisme, avec une importance fondamentale de l’espace et de la scénographie. Nous avions tous les cinq la même envie de faire bouger les choses, de casser les codes conventionnels de l’exposition photographique et autre. Créer des expériences immersives en exposant des jeunes artistes, transformant des lieux en transition, pas adaptés à quelconque manifestation artistique. C’est toujours le cas aujourd’hui, même si nous répondons également à des commandes en tant que photographes comme ici avec MAP et non seulement en tant qu’organisateurs.

Quelle est votre approche photographique de manière générale ?
Je suis quelqu’un d’assez émotif et d’assez extrême dans mes émotions. J’ai souvent besoin de les extérioriser de manière violente. La photographie me permet de poser ça, j’aime raconter la beauté du monde, celle des sensations et celle qui se dégage des émotions des gens. Je photographie souvent le temps qui passe, les différents stades de la vie. Ce qui touche aux transformations. Il y a beaucoup de choses à dire, et j’ai du mal à en parler. Même écrire sur ce que je photographie est difficile. Ce n’est pas mon langage.
Parfois je me pose beaucoup de questions sur la sincérité de mon travail. Je ne me force pas mais c’est difficile de faire une photographie qui soit la plus juste et la plus sincère possible, sans coller à un style qui va plaire, mais les influences sont là que je le veuille ou non. Jusque dans mes séries précédentes, je photographiais la vie des autres, j’avais envie de raconter leur histoire à travers mon regard. C’était leur histoire qui m’intéressait. À partir du moment où il y avait une rencontre, qu’on avait un échange et que je posais un regard, je tentais de faire ressortir des choses de l’autre qui pouvaient le surprendre, ou qu’il ne voulait peut être pas voir. Ca m’arrive aussi parfois de transformer la réalité d’une image en la mélangeant à d’autres afin de raconter une histoire que je m’approprie comme avec la série Passage(s) ou le travail réalisé pendant la résidence Itsasoan. Depuis environ un an, je vis une période assez bouleversante et je m’intéresse moins à l’autre, je me concentre un peu plus sur ce que j’ai envie de raconter de moi. Un peu comme un psy, j’essaie de photographier mes peurs, mes doutes, la frustration, le désir, ce que j’attends de la vie, ce que je n’aime pas en moi.
Je pense que voir tout ça en image me fait avancer mais cette photographie égocentrée commence à m’ennuyer, à me faire douter sur le rôle qu’elle a pour moi et pour les personnes qui la regardent. Le reportage me manque parfois.

Pour vous, qu’est ce qu’une « bonne » photo ?
Pour moi une « bonne » photo c’est une photo juste et sincère avec le propos mais aussi une photo qui me transperce d’une vraie émotion dès les premières secondes où je la regarde. Peu importe qu’elle me fasse peur, rire ou frissonner de beauté, le plus important c’est qu’elle me fasse ressentir quelque chose de fort.

Comment auriez-vous traité le thème « un des 7 péchés capitaux », un des deux thèmes du Marathon photo MAP-Poussière d’image 2019 ?
Difficile pour moi de répondre à cette question étant donné que ce n’est pas le thème que j’aurais choisi mais comme ça j’imagine une image assez crue et frontale dans l’obscurité d’un désir.

Site de Mickaël : www.mickaelzermatiphotographe.com
FB Collectif Strabisme : collectifstrabisme

Alis Mirebeau, membre du jury du Marathon photo MAP-Poussière d’image 2019

Alis Mirebeau, quel est votre parcours photographique ?
J’ai récemment trouvé des photos venant d’un jetable que j’ai du faire quand j’avais 6/7 ans. C’était très mauvais et terriblement mal cadré. Je me rappelle avoir voulu prendre en photo le rosier devant ma maison d’enfance ; quand j’ai reçu les images, j’étais très triste car mon doigt cachait l’ensemble du buisson, mais aujourd’hui, ça me fait beaucoup rire. Lors de mes études secondaires artistiques, la photo est devenue le médium d’une grande majorité de mes projets. C’est à ce moment que j’ai envisagé de poursuivre mes études supérieures à l’ETPA. J’ai suivi le cursus de 3 ans en tant que praticien photographe puis j’ai obtenu un BEP ainsi qu’un Titre de photographe professionnel certifié de niveau II. Après l’obtention des diplômes, j’ai entamé les démarches administratives afin d’être photographe auteure. Depuis, j’exerce ce métier et continue mes projets personnels en parallèle.

En tant que professionnelle, quel est votre domaine photographique de prédilection et pourquoi ?
En tant qu’auteure, j’aime bien travailler sur l’intime, sur ce qui est caché… En y réfléchissant, c’est sûrement une manière de traiter mon voyeurisme et de répondre à des questionnements personnels ou des sujets de société controversés. Photographier, c’est ma manière méticuleuse d’observer et de traduire ce que je pense et ressens. J’ai beaucoup travaillé sur les autoportraits également, et à contrario du voyeurisme c’était sûrement une manière d’exprimer mon côté exhibitionniste et dramatique. Mais je pense que c’est derrière moi maintenant. En tant que professionnelle, je fais beaucoup de reportage. C’est la « famille » photographique qui me correspond le mieux car c’est la plus sincère à mes yeux. Un reportage peut être teinté d’un point de vue mais il ne ment pas; il correspond à une réalité, à un moment clef.

Quelle est votre approche photographique de manière générale ?
Mon approche photographique évolue tellement qu’il me serait compliqué de la définir. Elle est complètement changeante en fonction du sujet, du modèle, de la période… Je ne traiterais plus du tout de la même manière aujourd’hui certains projets sur lesquels j’ai travaillés il y a quelques années tandis que d’autres resteraient inchangés. J’essaie juste de traduire à travers mes images ce que je ressens au moment T, parfois ça marche, parfois c’est laid mais pour le moment ça m’est égal. L’important pour moi est dans un premier temps, de continuer à travailler et de faire ce que l’on aime. Si je devais donner un mot pour définir cette approche je dirais « agitée » mais si vous me posez la même question dans 10 ans, ma réponse sera peut-être différente.

Pour vous, qu’est ce qu’ une « bonne » photo ?
Je peux trouver une photo « bonne » de par sa technicité, sa retouche impeccable ou bien son esthétisme, mais si elle ne me fait rien ressentir je parlerais plutôt d’une photo réussie. J’ai pleuré en lisant « L’autre Guerre » de Miquel Dewever-Plana ; j’estime que c’est un « bon » livre photo car c’est une balance fine entre textes et images, c’est un tout. Mais de manière générale une « bonne » photo fait résonner quelque chose en moi, elle m’émotionne.

Si vous deviez créer ou rentrer dans un collectif photo, quel devrait être sa finalité et pourquoi ?
Si je devais rentrer dans un collectif, le plus important pour moi serait de porter les projets des autres comme on porte ses propres projets. La complémentarité et la bonne entente sont essentielles à mon sens. Les collectifs ont très souvent une force créatrice très puissante et c’est beau à voir car les membres se portent mutuellement. Les finalités pour moi seraient surtout la transmission, le partage, l’évolution…

Comment auriez-vous traité le thème « C’est magique », proposé aux participants mineurs du Marathon photo MAP-Poussière d’image 2019 ?
J’aurais certainement utilisé un temps de pause long afin de jouer avec le flou qui a toujours un côté magique de par son insaisissabilité et son évanescence.

Instragram : alismirebeau
Site d’Alis :
alismirebeau.com

Carmen Legros, membre du jury du Marathon photo MAP-Poussière d’image 2019

Carmen Legros, quel est votre parcours photographique ?
J’ai commencé à m’intéresser à la photographie en parallèle de mon cursus artistique. Dessin, peinture, je voulais m’ouvrir à un autre domaine artistique.
En 2013, j’ai décidé d’approfondir cette pratique, en intégrant l’ETPA. J’ai suivi un cursus de Praticienne photo, pendant deux ans, dont j’en suis sortie diplômée. Cela m’a permis de connaître les bases techniques nécessaires pour exploiter au mieux le boîtier et de façonner ma créativité, « ma patte artistique ».
En sortant de cette école, j’ai proposé des expositions : à l’Evasion bar, la Fabrique (bar), également à la MJC d’Empalot avec l’association « Dédale », et puis j’ai présenté « Présence » dans un lieu atypique en plein centre-ville de Toulouse. Les expositions sont de belles expériences, autant sur un point personnel que professionnel. Tu apprends à te présenter, ainsi que ton travail, et tu fais des rencontres. Il est très important d’apprendre de l’autre, de pouvoir écouter les critiques, c’est une notion nécessaire pour avancer.
Et puis une opportunité s’est ouverte à moi en 2018, quand Frédérick Lejeune m’a proposé de m’associer avec lui et de créer « Studio IN ». Nous proposons des services pour les particuliers et pour les professionnels : corporate et reportage pour les entreprises, mise en avant de produits, portrait de famille, grossesse, reportage événementiel, mariages, etc. Nous travaillons ensemble, mais nous avons également des commandes chacun de notre côté.
Par la suite, pas mal de choses ont bougé. J’ai intégré les associations « Poussière d’image » et « P.i. Studio », me permettant d’avoir accès à leur studio photo. Ainsi, je peux répondre au mieux à la demande. 2018, c’est aussi la création du collectif « 24/36 ».
Et pour finir, cette année, j’ai rejoint l’équipe de « JE VIS ZEN », réseau de professionnels, créé par Ludovic Treiber, offrant un annuaire local de services adaptés en matière de bien-être : ostéopathie, kiné, massage, coaching, musicothérapie, etc. J’apporte la charte graphique pour le site Internet, et je propose également des séances photos dites « thérapeutiques ». Je mets des guillemets à ce mot car c’est un peu à la mode en ce moment. Je ne veux surtout pas porter cette étiquette de thérapeute, je n’en ai pas les facultés. J’utilise la photographie comme vecteur de confiance en soi et de valorisation de sa personne.

En tant que professionnelle, quel est votre domaine photographique de prédilection et pourquoi ?
Mon domaine de prédilection, je dirais le portrait. Car depuis quelques temps j’ai un désir de travailler davantage avec l’humain. De parler du ressenti, de l’authenticité, de revenir à l’essentiel. J’ai toujours eu en quelque sorte une fascination de l’autre. Extraire le meilleur pour en faire quelque chose d’authentique. On apprend de l’autre, mais on apprend aussi de nous-même. C’est très constructif.

Vous êtes membres du collectif photo « 24/36 », pouvez-vous nous le présenter et nous expliquer sa finalité ?
Le collectif « 24/36 » a été créé en septembre 2018. Il est né de la collaboration de 6 photographes toulousains : Laura Puech, Frédérick Lejeune, Nicolas Pagès, Sandra Bossis, Daniel Boyé et moi-même.
Avec des visions et des sensibilités différentes, une approche photographique complémentaire et une finalité identique, nous partageons, ensemble, notre savoir-faire et notre faire-savoir autour du travail d’Auteur et autour du travail photographique dit « sociétal ». Dans ce domaine-là, notre collectif est ouvert à toute proposition de reportages sur le vif ou de séries plus approfondies.
En parallèle nous travaillons également sur un thème commun depuis un an. Le principe du collectif est de proposer chacun d’entre nous une série d’image autour de ce thème, aborder celui-ci avec notre œil et notre sensibilité propre à chacun. Et ainsi le dévoiler sous forme d’exposition.

Quelle est votre approche photographique de manière générale ?
Je pense avoir une approche sensible, empathique et bienveillante. La pratique artistique, c’est le langage de l’artiste. La photo, c’est la traduction de mes pensées, de mes réflexions personnelles, et mes expériences que j’ai pu acquérir au cours du quotidien. J’ai vraiment cette volonté d’exprimer ce que je vois autour de moi.
Et puis je pense aussi que je souhaite témoigner, donner la parole à ceux qu’on n’écoute pas, ou qui n’ose pas s’exprimer. Je parle de cela, car en ce moment je travaille sur le consentement sexuel. Textes et photos seront au centre du projet. Pour l’instant, je n’en dis pas plus.
Après ça m’arrive juste de prendre des images sur l’instant, lors de promenades par exemple. Quand je trouve ça beau et intéressant graphiquement. La photographie, en fait, suit tout simplement mon état d’esprit du moment.

Pour vous, qu’est ce qu’une « bonne » photo ?
Une bonne photo, c’est tout simplement une photo qui te parle. Chaque personne reçoit l’image différemment selon son expérience de vie et ses émotions. Bien évidemment sur le côté objectif, on parle de composition, de technique, de développement. Mais « une bonne photo » c’est plus subjectif qu’objectif.

Comment auriez-vous traité le thème « L’art de vivre », un des deux thèmes de ce Marathon photo MAP-Poussière d’image 2019 ?
Je l’aurais abordé peut être d’une manière simple et spontanée. Des éclats de rires au coin d’une rue, le regard complice entre des personnes, une accolade. Ou alors j’aurais fait écho à la peinture de René Magritte, « L’art de vivre », par une mise en scène drôle et décalée.

Site de Carmen : carmenlegros.com
Site du collectif : 2436collectif.wixsite.com/24-36

Le grattoir à vaisselle

 » C’était en 2013, un dimanche matin de juin, le 16 exactement. Après une soirée anniversaire d’une amie, chez elle, j’avais sympathisé avec une de ses connaissances. Il avait tenu à me raccompagner chez moi, soit disant que ce n’est pas sécurisant pour une femme de rentrer seule au petit matin… J’avais accepté. Je n’aurais pas dû. Pourtant lors de la soirée, il ne s’était rien passé entre nous, il ne me semble pas avoir été ambiguë avec lui et je n’avais pas la sensation qu’il était lui aussi. Mais finalement, peut-être que lui a cru que j’étais intéressée… Arrivés devant chez moi, j’ai bien vu qu’il ne voulait pas que je le laisse, sans cesse il rebondissait sur un sujet de conversation. Il devait être vers les 8h. J’avais un repas de famille le midi. Il fallait absolument que je dorme quelques heures. J’ai fini par le lui faire comprendre. En se faisant la bise sur les joues, il me demande si je suis d’accord pour qu’il puisse profiter de mes toilettes avant de partir. Evidemment, je n’y vois pas d’inconvénient… peut-être que j’étais trop naïve… Dès qu’on entre dans mon appartement, je lui montre les toilettes. Il y va. Je l’entends uriner. Il ressort et me demande la salle de bain pour se laver les mains. Je lui indique la porte et il se lave les mains. Rien dans sa personnalité, dans sa gestuelle, dans sa façon de me parler ne m’a interpellée. Il était comme il avait été tout le long de la soirée, sympathique. Il s’essuie les mains sur son jean, sort de la salle de bain et me remercie en souriant et me dit « Bon, je te refais une bise pour te souhaiter une bonne journée et une bonne nuit et je file ». Je m’approche de lui sans aucune inquiétude. Il met ses mains sur mes épaules, me fait la bise sur la joue gauche, et va sur la joue droite. En fait il ne va pas jusqu’à la joue. Il arrête sa bouche devant la mienne, ramène brusquement mes épaules vers lui, nos bouches s’écrasent l’une sur l’autre, il essaye de rentrer sa langue, je secoue ma tête en lui criant « Non, je veux pas. Que fais-tu ? Arrête Non Arrête », je me débats comme je peux. Il ne me lâche pas, il me prend par le cou et me soulève. Il serre tellement que je n’arrivais plus à respirer. Son regard était devenu très agressif, sa bouche était toujours collée à la mienne, il me dit « tu veux vivre ! tu veux vivre ?, arrête de crier, arrête de bouger ». Je me souviens lui avoir répondu « oui d’accord oui oui ». Il lâcha le cou, et se mit à embrasser et lécher tout mon visage violemment, il a descendu mon pantalon, ses doigts ont fait le reste. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne me débattais plus, j’avais tellement peur que j’ai fini par laisser faire, je fermais les yeux et je pleurais. Je pensais à mes parents, à ma sœur et à mon petit frère. J’avais peur de ne plus les revoir. Je pense que j’étais résignée à y passer. Et puis ce fut comme un gros coup de poignard qui me pénétra et ensuite des coups de marteau toujours plus vites, toujours plus forts. De suite j’ai su qu’il irait jusqu’à l’éjaculation. Avant de se relever, il m’a de nouveau menacée de mort. Il est parti de suite. J’ai mis du temps à me relever. J’étais en pleurs, perdue, traumatisée. Je sentais son sperme couler entre mes cuisses. J’ai couru vers l’évier de ma cuisine, je n’ai même pas réfléchi que j’ai pris le grattoir à vaisselle qui était crasseux et huileux et j’ai gratté, j’ai gratté, gratté, gratté mon vagin, à l’extérieur et à l’intérieur, c’était en quelque sorte un deuxième viol. J’ai tellement gratté violemment que j’ai fini par saigner, me faire saigner. Le grattoir était devenu tout rouge. Je voyais le sang couler, je continuais à me faire très mal, à gratter comme une hystérique. De toute façon, je n’étais plus moi-même, mon obsession était de retirer la moindre goutte de sa pourriture de sperme, qu’il n’en reste rien. J’ai fini par m’écrouler sur le carrelage… Je ne sais pas encore aujourd’hui si je m’en suis vraiment relevée. Je ne sais pas si je m’en relèverais vraiment un jour. La preuve, depuis, je ne possède plus de grattoir. Quand j’en vois un, cela me rappelle tout ça. Il m’est impossible d’en prendre un dans mes mains. Je sais, c’est con. Et puis j’ai toujours du mal à en parler. Parfois je me fais violence et j’ose, parfois, je me renferme. Mais j’espère réussir à vivre sereinement avec cette blessure qui sera toujours en moi, mais derrière moi. J’y travaille et je suis bien entourée. Oui j’y crois ! « 

(Anne V., témoignage du 23/10/2015)

Interview avec Gwen Bovilan, photographe

Interview avec Gwen Bovilan, artiste toulousaine de 31 ans.

Chanteuse professionnelle, photographe, modèle et maquilleuse. Une véritable artiste !  Gwen, quel est ton parcours artistique ?
Je suis bercée dans le milieu de la musique grâce à mes parents musiciens. Avec le temps, je me suis perfectionnée pour avoir la possibilité de vivre de ce que j’aime. J’ai eu l’occasion de faire diverses rencontres dans le milieu artistique qui m’ont permis de m’intégrer dans des groupes de musique, d’aller plus loin dans ma carrière de chanteuse. Petit à petit, j’ouvre mon réseau. J’effectue des prestations dans les restaurants, évènements de soirée dans les clubs toulousains, défilés de mode, mariages, anniversaires, baptêmes, soirées d’entreprise et évènements privés.

Qu’est ce qui t’a donné le désir de faire de la photographie ?
Depuis mon plus jeune âge, capturer des émotions, jouer avec les ombres et les lumières me passionnent. Immortaliser chaque instant de douceur, de rire et d’amour apporte autant de bonheur aux personnes que j’ai l’occasion de photographiées qu’à moi-même. J’aime voir les gens heureux.

En tant que photographe, nous pouvons dire que tu rentres dans la catégorie portraitiste. Pourquoi t’es-tu spécialisée dans ce style ? Quel plaisir y trouves-tu ?
“Le regard, reflet de l’âme”, ce que j’aime le plus dans un portrait c’est le regard. Je communique beaucoup. Chaque personne est différente. Je suis très attentive lors de la séance à l’attente du modèle, avec un accord en commun concernant le déroulement du shooting.

Quel style de portrait préfères-tu en termes de composition, de mise en scène et de rendu ?
Je reviens sur le regard ; j’aime quand il est lumineux, vers la lumière, les émotions ! Généralement, je décroche le sujet de l’arrière-plan, par exemple pour ne pas qu’il y ait trop de ciel derrière le visage. J’aime aussi quand il y a de la texture comme une architecture, les arbres, le bois, suivant la tenue de la personne et de ses couleurs. Chaque cadrage et arrière-plan est différent. Le halo lumineux est aussi un bon élément. Il faut se déplacer pour trouver un bon compromis entre le modèle et l’arrière-plan. Le bokeh, en période festive, donne de la vie et de la couleur aux portraits. J’aime simplement capturer un moment inattendu ! Concernant le noir et blanc, je le travaille dans un premier temps sur mon boîtier pour gagner du temps lors du post-traitement. Avant, je faisais autrement mais je trouve que cela me permet déjà de savoir comment composer cette photo en n&b avec les ombres, les lumières, les teintes foncées et les teintes claires.

Pour toi, un portrait doit-il obligatoirement être le reflet de la personnalité de la personne photographiée ?
Non. Comme dans un film ou un clip ou bien une pub, la photographie c’est la même chose, soit on choisit de montrer qui nous sommes, soit on choisit de jouer un rôle.

Estimes-tu que réaliser un portrait, c’est aussi entrer dans l’intimité de la personne ?
Les gens confient leurs intimités que cela soit de la joie ou de la peine. C’est un véritable plaisir pour moi à la fin d’une séance d’avoir apporté de bonnes choses. J’aime apporter du soutien aux personnes qui manquent de confiances, jouer avec différentes émotions pour leurs permettre d’apprendre à mieux se connaître. Pour moi, la photographie est en partie un travail sur soi. Cela permet aussi d’accepter ce que nous sommes.

Penses-tu que toute personne est photogénique ?
Chaque personne à quelque chose d’intéressant à donner comme une émotion, un physique atypique, une attitude. Il n’y a pas vraiment de critères de photogénie. Et je pense aussi que cela est une affaire de goût. Nous n’avons pas tous la même vision des choses.

Quelle est ton approche avec les personnes pour les mettre en confiance et à l’aise ?
Il arrive que je ne rencontre pas les personnes avant le jour du shooting mais il est préférable de le faire justement pour que nous puissions se familiariser et échanger des idées. Le jour J, je prends le temps de préparer mon matériel tout en discutant avec les personnes que je vais photographier. J’ai besoin de savoir qui se trouve en face de moi pour répondre un maximum à leurs attentes et à ce qui pourrait les mettre le plus à l’aise possible. J’ai beaucoup d’humour, je suis une personne très dynamique et cela apporte un plus entre les personnes photographiées et moi-même.

Pour les poses et les expressions, sais-tu d’entrée ce que tu veux et guides-tu tes modèles en fonction de cela ou laisses-tu une part au hasard ou à l’improvisation ?
J’en discute beaucoup avec les modèles avant la séance. Certains ne savent pas comment faire alors je les guides en leur montrant des exemples, mais je fais aussi beaucoup à l’intuition suivant les lieux et inspirations du moment. D’autres modèles savent exactement ce qu’ils veulent.

Le fait d’être modèle photo t’aides-tu aussi en tant que photographe ?
Énormément ! Cela me permet de comprendre les modèles quand ils sont devant l’objectif. Cela me permet aussi de comprendre que nous sommes tous différents et ce qui nous met le plus en valeurs, au niveau vestimentaire ou des poses.

Au niveau de la lumière, as-tu une préférence pour la lumière naturelle ou pour la lumière artificielle (flash studio par exemple) ?
Je préfère travailler en lumière naturelle, parce que suivant le temps et l’heure de la journée, les conditions lumineuses ne sont pas les mêmes. Je préfère aussi me munir d’un minimum de matériel. Je me déplace beaucoup dans des lieux différents et je m’adapte complètement au lieu. J’ai aussi l’avantage d’avoir un boîtier très lumineux qui me permet facilement de monter jusqu’à 6000 iso.

La « bonne » lumière est-elle un critère essentiel pour toi ?
Avoir de bonnes conditions lumineuses est assez important surtout lorsqu’on travaille sans flash.

En dehors des portraits, que photographies-tu ?
J’aime tout en photographie : animaux, paysages, mises en scènes, reportages sur un plateau de tournage par exemple, événements festifs, défilés de mode, décorations, photos de couples, feux d’artifice, poses longues pour les étoiles ou les manèges en pleine nuit, etc. J’aime beaucoup le spectacle, la scène avec ses lumières…

Que ou qui rêverais-tu photographier ?
Je rêve de voyager en Inde, en Afrique, au Canada et d’autres pays qui m’attirent et ainsi mettre en valeur les couleurs, leurs cultures, les gens ! Cela me passionne et c’est un véritable rêve pour moi.

Par rapport à ton approche photographique, as-tu des influences ?
La douceur, la vie, l’art, l’amour, la musique, un univers artistique bien complet, je m’inspire de tout ce que j’aime dans ma vie d’artiste.

Pour toi, qu’est-ce qu’une « bonne » photo ?
Une bonne photo est tout d’abord écrite d’ombres et de lumières, d’émotions, un message à travers un décor ou un regard. Une photo, c’est comme une toile, il faut qu’elle exprime une histoire et une émotion pour la personne qui la regarde.

www.gwenbovilan.com

Dan Buster’s, du l’association Poussière d’image et du collectif 24/36, qui est-il ?

Dan Buster’s, de l’association Poussière d’image et du collectif 24/36, qui est-il ?

Pour ou contre l’évolution technologique ? Vaste sujet qui donne et donnera toujours des débats sans fin et souvent stériles. Ce qui est certain c’est qu’il est impossible, dans notre société occidentale, d’y échapper, à moins d’adopter une vie d’ermite. En photographie, la grande évolution, voire même la grande révolution, a été l’arrivée du numérique à la fin des années 90. Cette évolution a complètement démocratisé la pratique photographique, pour en faire aujourd’hui le loisir culturel n°1. D’ailleurs, c’est grâce au numérique que Daniel Boyé, dit Dan Buster’s, a décidé de se remettre à la photo après plus de 18 ans sans un seul déclenchement. Il avait 12 ans, en 1966, lorsqu’il a réalisé sa première prise de vue avec l’Instamatic Kodak de ses parents. Il aimait prendre les scènes de vie familiales. La photographie l’intéressait. Il regardait, dès qu’il le pouvait, les photos des revues et magazines de l’époque. Pourtant, personne dans sa famille n’avait l’instinct photographique. Son père était magasinier et sa mère nourrice agréée d’Etat. La seule personne qui avait un lien dans ce domaine était le fils de son coiffeur. C’était même lui qui réalisait ses photos d’identités. A son contact, la curiosité de Dan pour cet art visuel s’est accentuée. Il n’hésitait pas à poser des tas de questions sur le matériel, sur la prise de vue, sur le développement… pour finir par rêver d’en faire son métier. A l’école, à la fameuse question « quel métier voudriez-vous faire ? », sa réponse était directe : « photographe ! ». Malheureusement, les revenus de ses parents rendaient impossible un financement dans une école spécialisée dans cette profession. Pas du tout démotivé, il continua à mettre en image sa famille, puis des paysages lors de ses sorties à la pêche, son autre passion. Vers ses 17 ans, à peine quelques mois avant de faire son service militaire, il découvre la MJC de son quartier, celle d’Empalot à Toulouse, et son labo-photo. Il y réalise son premier tirage et se fait hypnotiser par la magie du développement. Mais, il n’a pas le temps de se perfectionner, c’est déjà l’heure de faire ses classes. Une année à l’armée, une année sans photo… A son retour, Dan est bien décidé à rattraper le temps perdu. Au labo, il devient un tireur assez talentueux, réussissant avec une belle maitrise tous ses développements, y compris ceux nécessitant des retouches. Généreux, il offre même des tirages aux personnes qu’il photographie comme les seniors du club de 3ème âge d’Empalot. La mairie de Toulouse ne s’y trompe pas. Elle lui propose une vacation pour tenir le labo photo de cette MJC et pour donner des cours de développement aux jeunes du lycée Berthelot. Voilà un challenge à relever pour ce charmant mais timide jeune homme de 20 ans. Pendant deux ans, ce travail lui permettra de transmettre sa passion, de prendre confiance en lui, de s’ouvrir aux autres et… de faire craquer quelques demoiselles. Les petits labo-photos, à peine éclairés à la lumière rouge, faciliteraient-ils les rapprochements ? Malheureusement, la vie est faite qu’il n’est pas toujours facile, qu’il est même impossible, de la mener comme on le souhaiterait… A 23 ans, son travail de magasinier et sa vie de couple l’obligent à lâcher le labo-photo de la MJC. Pendant 4 ans, Dan continuera à faire des photos de paysages, expérimentant les poses longues, avec son Zenit E et puis son Contax. Mais, après quelques tentatives de développement avec son agrandisseur, il abandonne, son domicile n’ayant pas une pièce adaptée pour cela. En 1981, suite à ses obligations professionnelles et familiales, il arrête la photographie, avec regret, à contrecœur, la passion étant toujours présente. Et voilà le temps qui passe, le progrès technique faisant son œuvre, l’argentique voit arriver le numérique. Nous sommes en 1999, et Dan, ayant toujours en lui l’amour de l’image, se laisse tenter ! C’est avec un compact Fujipix, à seulement 2,5 mégapixels, pour un prix de 6 000 francs, qu’il se remet à la photographie et y reprend rapidement goût avec ses premiers clichés de vacances en Espagne, de paysages, des couchés de soleil et des photos de nuit. Les paramétrages ouvertures/vitesses/iso n’ont pas été oubliés. Il remplace son compact par un bridge Minolta et se met à la proxi-photo. A priori, c’est reparti pour l’aventure photographique. Au début des années 2000, il n’y a pas que la photographie qui est sur la voie de la révolution. C’est aussi le cas dans le domaine de la communication avec l’explosion d’Internet. Là aussi, Dan profite de ce nouveau moyen de communication pour diffuser ses clichés sur des forums et sites photos et pour échanger avec les quelques membres inscrits. Ses clichés sont plutôt appréciés et terminent souvent sur le podium des petits concours organisés par les administrateurs de ces sites web. L’inconvénient d’Internet, c’est que cela ne reste que du virtuel. Dan s’aperçoit qu’il stagne, qu’il ne progresse plus et qu’il a besoin de stopper ce côté virtuel pour passer un cap en partageant directement sa passion sur le terrain avec d’autres toulousains. En 2009, Olivier Gory, un de ses potes, découvre l’existence de Poussière Dimage, une jeune association photo basée dans la ville rose. Voilà peut-être la structure qui va lui permettre de casser le côté « photographe solitaire » en rencontrant de visu d’autres amateurs passionnés et ainsi repartir de l’avant dans sa progression photographique. Ce que ne savait pas Dan, c’est que Poussière d’image ne serait pas seulement un tremplin, mais allait carrément changer sa vie ! Dès les premières semaines, il a été adopté par les dirigeants et les adhérents de l’association. Personne n’est resté insensible à ses qualités humaines. Toujours prêt à rendre service ou à s’investir, Dan a de suite fait preuve d’une générosité extraordinaire et d’une convivialité sans faille. Seulement un an après son arrivée, le voilà membre du Conseil d’administration et trois ans après il prit les rênes de l’association en tant que Président. Sous son mandat, il a œuvré avec succès pour que Poussière d’image favorise l’esprit amical, voire familial, toujours au plus près et au service des adhérents, quel que soit leur niveau. De son côté, Dan a énormément pris confiance en lui, laissant sa timidité aux oubliettes. Et côté photo, avec son Canon 450D, puis le 7D, pour finir avec le 5D3, il a rapidement progressé à tel point qu’il s’est découvert un style plutôt sombre, maitrisant parfaitement le clair-obscur, dans le domaine de la photographie de nu artistique, sans aucune vulgarité, aussi bien en lumière naturelle qu’en studio photo. Depuis 2016, Dan est à la retraite et a déménagé dans le Tarn à Gaillac. La distance Gaillac-Toulouse ne lui permettant plus d’assumer son rôle de Président de Poussière d’image, il a récemment laissé les clés de la présidence à Laurent Viglieno, tout en restant membre CA et animateur de certaines activités. Et contrairement à certains qui, lorsqu’ils en partent, crachent dans la soupe qui les a nourri, Dan continue à y partager son savoir-faire, toujours avec un état d’esprit irréprochable, sans jamais se prendre pour monsieur je sais tout. D’ailleurs, depuis septembre, Dan a intégré le collectif photo « 24/36 » pour continuer son perfectionnement en s’essayant à la photographie d’auteur. Même à 63 ans, il n’hésite pas à se lancer de nouveaux défis. Des mauvaises langues égocentriques surveilleront sûrement comme des hyènes ses premières séries d’auteur. Mais lui, il en aura cure, car il est bien loin de toutes les médisances. D’ailleurs, le melon, ce n’est pas lui qui le prendra ; la reconnaissance n’est pas son leitmotiv. L’humilité est sa deuxième qualité, la générosité étant sa première !

Frédérick Lejeune, du collectif 24/36, qui est-il ?

Combien de photographes pratiquent la photographie de mariage ? Beaucoup ! Combien d’entre eux aiment cela ? Très peu ! Quand vous discutez avec des professionnels, vous remarquerez qu’ils sont nombreux à estimer ne prendre aucun plaisir à mettre en boite les mariages. Ils le font seulement par obligation « alimentaire ». Il faut bien gagner sa vie ! Mais parfois vous pouvez tomber sur des photographes bien rares qui adorent cela, qui prennent leur pied et qui ne s’en cachent pas. Frédérick Lejeune est un de ces spécimens. Photographier les mariages, il kiffe ! Quel intérêt photographique y trouve-t-il ? Sans hésiter, il vous répondra « les émotions ! Un mariage est un condensé d’émotions et de sentiments ». Voilà ce qui fait vibrer notre cher Fred ! Capter les joies, capter les pleurs, capter la fierté, capter l’amitié, capter l’amour, capter la fraternité, capter les liens… bref, capter la vie, souvent en noir et blanc et de plus en plus en couleur, tout simplement pour raconter une histoire, leur histoire, celles des mariés, celle d’une famille, d’un cercle d’amis, témoignage familial et amical si essentiel pour alimenter nos souvenirs, ne pas oublier. Les mariages le passionnent car justement il les vit comme les invités les vivent, tant émotionnellement que festoiement, à tel point que bien souvent ce photographe des mariés finit par devenir l’ami des mariés. Ses clichés ne mentent pas et démontrent bien que derrière un caractère bien affirmé se cache une âme sensible à souhait et fortement généreuse. Ses photographies sont, sans aucun doute, le reflet de sa personnalité. Pourtant, rien ne pouvait laisser présager que le Fredo adolescent deviendrait dans sa vie d’adulte un photographe à la sensibilité si aiguisée. Frédérick est né en 1972 à Villepinte dans le 93. Enfant turbulent, il a très vite préféré l’insouciance et la liberté de la rue, au sérieux et à l’autorité de l’école et des adultes. Il rentrait dans la catégorie de petit voyou. Rien ne l’intéressait sauf de faire les 400 coups rarement orthodoxes et d’abuser de son physique de beau gosse pour séduire les charmantes filles. A côté de cela, il lui arrivait tout de même de prendre de temps en temps un argentique et de déclencher sans aucune prétention. Sûrement les prémices d’un virus qui allait définitivement et solidement l’attraper des années plus tard. Il faut dire que Fred a baigné dans l’image pendant toute son enfance. Son père aimait photographier et sa mère travaillait dans une boite de production cinématographique. Il avait déjà un certain goût pour l’image cinématographique. Après un passage dans la Marine et quelques métiers ci et là, Fred s’est fixé dans la région Toulousaine en 1998 en tant que commercial. Sa première fille y est née en 2001. Vers ses 4-5 ans, il s’est mis à la photographier, photos de souvenirs, photos de vacances. Puis, ses prises de vue se sont réalisées lors de sorties personnelles, à « voler » des portraits, à rechercher des expressions, à ressentir les émotions, à donner une importance à la lumière, à réfléchir à ses déclenchements. En fait, Frédérick, sans s’en rendre compte, était tombé « malade », attrapé par le virus de la photographie qui n’allait plus le quitter. Influencé par Robert Doisneau, Willy Ronis, Sebastião Salgado, la photographie devenait son nouveau moyen d’expression, mais aussi un outil pour laisser une trace à ses deux filles. Son travail photo ne laissait pas insensible, de plus en plus de personnes y portaient un certain intérêt. Les sollicitations pour des prises de vue mais aussi pour des collaborations photographiques et artistiques affluaient. Sa première collaboration fut avec une écrivain pour « Grains de vie », par un livre et une première exposition en 2010, pour finir cette même année avec une deuxième exposition « Insolito-social ». Poussé par son entourage, Frédérick se professionnalise et réalise ses premiers portraits rémunérés et ses reportages de mariage. Sa première année ne fut pas si facile, elle a même été un échec. Et oui, Fred prit conscience que l’on ne s’improvise pas photographe professionnel juste par ce qu’on décide de l’être. Pour le devenir, il faut acquérir de réelles compétences. Il faut apprendre le métier, pratiquer, être rigoureux et tout cela ne se fait pas du jour au lendemain. Cette prise de conscience et des raisons personnelles le démotivent et il décide de tout arrêter. Mais, pour beaucoup de photographes, le virus de la photographie est immortel… Ce qui devait être un arrêt s’est donc transformé en une petite pause de quelques mois. C’est par un projet très personnel, très intimiste, à la rencontre de son mal-être et de ses démons du moment, que Frédérick nous sort, en 2012, sa série « Dualité », autoportraits accompagnés de textes poignants écrits par Marie-Cécile Fourès. Son retour est plutôt fracassant. D’autres séries ayant toute leur place dans la catégorie de travail d’auteur vont se succéder : « No lol », « Combattants », « Moi, sous la douche, je », « Alone in the city », « 3265, juste un chemin » road-trip photo avec son vélo et sa tente pendant deux mois non stop sur les chemins de Compostelle du Danemark en Espagne, et enfin « Droits de cité » série actuellement en cours. Depuis 3 ans, Fred est de nouveau sous le statut professionnel. Il est bien parti pour durer. Les mariages sont toujours son dada, même s’il s’est spécialisé dans plusieurs domaines photographiques, associé avec Carmen La Rousse, jeune photographe talentueuse. Enfin, depuis début septembre, le voilà aussi membre fondateur du collectif 24/36, une aventure supplémentaire et prometteuse. Aujourd’hui, Frédérick a fait son trou. Petit à petit, avec le temps et l’expérience, son approche photographique s’est affirmée. Ses intentions ont gagné en réflexion, ses démarches sont toujours plus élaborées et ses réalisations construites avec rigueur. Il soigne son écriture photographique et cela se perçoit de projets en projets, de séries en séries. Le style Lejeune est reconnu. Ses photographies dégagent une intensité émotionnelle assez marquante et une profondeur d’âme saisissante. Beaucoup d’entre elles captent le regard, éveillent nos émotions, laissent place à l’espoir et aux vertus positives, font rêver. Et d’autres nous montrent une certaine réalité, nous questionnent sur les autres et leur histoire, sur nous autres et notre histoire, sur lui-même et son histoire. En fait, son moteur premier est l’Humain, avec un grand H. Et oui, vous avez compris : Frédérick Lejeune est surtout un photographe Humaniste !

Collectif 24/36

Quelle est l’utilité d’un collectif (photo) ?
Nico : Cela permet de regrouper des personnes ayant des visions différentes mais avec une approche photographique complémentaire et une finalité généralement identique.
Laura : Oui, c’est avant tout des rencontres, des échanges et l’envie de partager une passion commune.
Carmen : C’est enrichissant comme expérience, car on aborde et on exploite un sujet à travers un regard différent du nôtre.
Sandra : En effet, le collectif instaure une réelle dynamique au sens large. Il permet aux projets de se concrétiser et d’avoir un cadre pour leur mise en place du fait de réunions mensuelles et d’échanges divers autour de ces questions.
Dan : Il y a un aspect d’entraide en échangeant nos idées et en mettant en commun nos moyens et outils photographiques.
Fred : Ensemble, le collectif a plus de poids. Il est plus fort et permet d’agrandir le réseau.
Nico : Exact ! Et cela favorise la solidarité entre ses membres et du coup renforce leurs liens sociaux. Sur Toulouse, le collectif Approche photo est un bon exemple.

Pourquoi avez-vous accepté de devenir membre de ce collectif « 24/36 » ?
Nico : Je suis l’initiateur de ce collectif. Depuis 2007, je m’investis sans compter au sein de Poussière d’image, association photo toulousaine que j’ai créée. J’ai besoin de me libérer du temps pour ne pas faire « que » du Poussière d’image. Je souhaite aussi m’associer avec des photographes ayant une approche identique ou complémentaire à la mienne afin de partager des projets communs plutôt complexes, de manière sérieuse et rigoureuse, tout en favorisant le plaisir, notre essence première.
Dan : Je comprends Nico, donnant moi aussi pas mal de mon temps à Poussière d’image. J’ai trouvé son idée intéressante, puis cela me permettra de voir et de travailler différemment mes sujets. Collaborer avec six regards différents est un avantage supplémentaire.
Carmen : Je n’ai jamais appartenu à un collectif. Lorsque Nico me l’a proposé, j’ai tout d’abord été vraiment flattée de savoir que mon travail puisse intéresser d’autres photographes. Chacun de leur travail me rend vraiment curieuse d’en connaitre davantage. Alors voilà, j’ai accepté d’embarquer dans cette aventure.
Fred : Me concernant, il n’y a même pas eu de réflexion quant à l’acceptation lorsque j’ai entendu les noms des personnes approchées pour ce collectif. Je respecte et apprécie leur travail photo. Ce groupe ne peut que faire évoluer le travail de chacun.
Sandra : J’ai accepté car ce collectif se compose de photographes possédant des photos porteuses de messages forts et profondément humanistes. L’idée de pouvoir partager cette vision de la photographie est selon moi un atout majeur dans l’émancipation de ma créativité et dans mes réflexions artistiques.
Laura : La photographie fait partie intégrante de ma vie. Je souhaite la partager avec des personnes lui accordant le même intérêt. Nous sommes tous différents et c’est ça qui m’intéresse.

Seulement 6 membres : 3 hommes, 3 femmes. Pensez-vous qu’il y a une différence entre la vision photographique féminine et celle masculine ?

Dan : Oui je pense qu’il y a une différence sur la vision photographique dans la façon d’aborder et de traiter le sujet à photographier.
Fred : Je crois plutôt qu’il s’agît d’une complémentarité et non une différence. Que nous soyons hommes ou femmes, nous avons tous une certaine sensibilité, plus perceptible chez certains d’entre nous.
Carmen : C’est exactement ce que je pense !
Sandra : Difficile de répondre de manière catégorique à cette question qui je pense peut avoir une réponse ouverte dans le sens où il n’y a pas de distinction à faire entre les genres en photographie, à mon avis. Je crois plutôt qu’on peut penser la photo à travers un regard neutre, sans incidence, sans influence. Je ne pense pas qu’en regardant une photographie dégagée de la signature de son auteur/e nous pourrions être en mesure de savoir s’il s’agit d’un ou d’une photographe. Au niveau de notre collectif, au contraire, par la mixité présente, nous pouvons dire que peu importe la composition du groupe, finalement nous sommes tous en mesure de pouvoir répondre à un thème, et ceci en dehors du genre mais bien plutôt par rapport à notre subjectivité. Ainsi la vision dépendra davantage de nos vécus et de nos expériences.
Laura : Je ne pense pas. Chaque artiste a sa propre vision « Homme/Femme ». Dans tous les cas, de mon point de vue, chaque photographe a sa propre écriture.
Nico : Déjà, quel que soit le sexe, la vision photographique est propre à chacun. La mienne est différente de celle de Fred ou de Dan par exemple, ainsi que de Carmen, de Laura et de Sandra. C’est la conséquence de plusieurs vecteurs, notamment sociaux-culturels, d’éducation et de vécu personnel qui façonnent notre personnalité composée du caractère et de la sensibilité. On photographie avec notre œil mais aussi avec notre personnalité. Et c’est là, où personnellement, à tort ou à raison, je trouve qu’il y a, sans pour autant généraliser, une différence, souvent beaucoup plus douce et poétique voire onirique chez la femme, et beaucoup plus directe et rentre-dedans chez l’homme. Il n’y a pas pour autant une différence d’humanité entre les deux sexes. Nos visions s’associent et se complètent à merveille. C’est dans ce sens que j’ai souhaité une parité homme/femme pour notre collectif.

Vous connaissiez-vous avant d’entrer dans ce collectif ?

Nico : Lorsque mon idée de lancer un collectif était définitive, dans mon esprit c’était avec Fred et Dan. Je connais Fred depuis 2008 et Dan depuis 2009. C’est la photographie qui nous a mis sur le même croisement pour suivre ensemble la même route. Nous sommes de véritables amis et nous avons les mêmes attentes photographiques malgré nos styles différents. Concernant nos chères photographes, nous nous connaissons depuis peu de temps. Avec Sandra, cela fait depuis le dernier trimestre 2016 et son arrivée à l’asso Poussière d’image. J’ai vu en Sandra ce que j’étais quand j’ai commencé la photo. Elle est motivée, investi, impatiente d’apprendre et déjà une approche photographique à laquelle j’adhère. Elle pense photo, elle vit photo. Elle aussi est sur la route de la toxicomanie photographique ! J’adore. Concernant Carmen, cela faisait depuis quelques années que nous étions dans nos listes respectives Facebook sans pour autant avoir échangé une seule fois. Bref, on ne se connaissait pas. Pourtant je suivais cette élève de l’ETPA, ayant même été à sa première exposition à Toulouse, il y a 3-4 ans. J’appréciais son style et justement sa vision photographique qui se démarquait, et cela n’engage que moi, d’autres jeunes photographes que je suivais. Le hasard a fait qu’il y a un peu plus d’un an, elle a rencontré Fred et qu’ils sont devenus de grands amis… et forcément, par Fred, j’ai aussi fini par la rencontrer et je ne le regrette pas. Concernant Laura, c’est bien la seule que je ne connaissais pas avant de lancer le projet du collectif. Je me souviens une fois l’avoir contactée il y a 2-3 ans pour lui proposer de poser pour moi et cela ne s’était pas fait. J’avais vu qu’elle était aussi en apprentissage photo à l’ETPA. Le peu de clichés qu’elle diffusait était vraiment intéressant. Pour le collectif, Sandra et Carmen avaient validé, il me manquait donc une photographe à trouver. J’ai demandé à Carmen de me proposer 3-4 noms de jeunes talentueuses. Dans sa liste il y avait Laura. J’ai regardé le travail de chacune et c’est le sien qui m’a le plus interpellé. Notre première rencontre s’est faite en septembre, au festival Manifesto.
Carmen : Laura était avec moi pendant la formation de praticienne à l’ETPA, j’aime vraiment son travail, c’est pour cette raison que je l’ai conseillée auprès de Nico. Dan et Nico, je les ai connus par le biais d’expositions, dont la mienne que j’ai réalisée avec Frederick au Cactus, bar culturel toulousain. J’avais déjà vu quelques-uns de leurs travaux sur les réseaux sociaux à travers l’association Poussière d’Image. Et quant à Frederick c’est mon compère/acolyte photographique depuis 2 ans !
Fred : Je connaissais effectivement la plupart des membres du collectif. Je découvre et découvrirais un peu plus Laura et Sandra.
Dan : Je connaissais très bien Nico et Fred ; Sandra depuis un peu plus d’un an. Je connaissais Carmen mais beaucoup moins  son parcours photo et j’ai eu le plaisir de rencontrer Laura lors de notre dernière réunion pour le collectif, au mois d’octobre.
Laura : Je ne connaissais que Carmen depuis notre passage à l’ETPA, comme elle l’a signalé. Je m’entends très bien avec elle et  j’apprécie fortement sa photographie. D’ailleurs, merci, Carmen, de m’avoir conseillée auprès de Nico J que j’ai rencontré courant septembre avec Fred, puis Sandra et Dan en octobre. J’adhère au travail photographique de chacun. Une belle surprise et de belles rencontres !
Sandra : Avant de rentrer dans le collectif, je ne connaissais que Nico et Dan et un petit peu Fred croisé à de rares occasions. J’ai rencontré Carmen et Laura lors de nos premières réunions. Puis finalement j’ai déjà l’impression de tous les connaitre, c’est le feeling comme on dit !

Outre le travail d’auteur, vous allez cibler la photographie sociétale, comment comptez-vous l’aborder ?

Sandra : Il y a tellement de thèmes possibles qui touchent à la société dans laquelle on vit mais aussi les sociétés en général. Je souhaite partir d’un constat extrait du quotidien dans lequel nous vivons et dont nous n’avons pas forcément conscience. Je souhaite m’appuyer sur des expériences devenues automatiques et complètement banales pour nous afin d’en dégager une image forte. J’aime m’exprimer par des messages de sensibilisation au travers de mes clichés, pour réveiller les consciences.
Fred : La façon d’aborder le travail photographique va dépendre du sujet choisi. Si besoin je fais des recherches sur le sujet et j’essaie au mieux de répondre à la question « comment le traduire en image ? ». A partir de là, je note sur un papier des idées, voire même en esquissant des croquis. Certains sujets sociétaux peuvent aussi être simplement abordés en faisant un reportage photographique sur un lieu, une société ou une association en lien direct avec le sujet choisi.
Nico : Généralement, on parle surtout de photographie sociale, celle qui touche la vie des individus dans la société. La photographie sociétale va bien plus lien car elle ne s’arrête pas seulement aux individus mais à tout ce qui constitue et/ou qui touche de près ou de loin notre société actuelle et à son organisation. Les sujets sont vastes. L’objectif est de traiter ceux qui nous sensibilisent le plus, les aborder comme on le souhaite, soit de manière neutre (témoignage) ou soit de manière engagée (revendication) en s’attaquant par exemple à un fléau ou en défendant une cause, sans jamais tomber dans une propagande extrémiste. Pour ma part, j’espère exprimer mon opinion et ma vision de la société à travers mes clichés, sans dénaturer la réalité, mais en étant toujours direct, en laissant la subtilité de côté, sans état d’âme et concession.
Laura : Tout d’abord j’ai un coup de foudre, un sujet qui me touche et qui ne sortira plus de ma tête. Ensuite, c’est des rencontres, de longues discutions. Au bout de quelque temps, lorsque je sens quel axe je vais vraiment vouloir approfondir, je commence, je sors l’appareil et là je me laisse porter. Si je devais en quelques mots décrire comment j’aborde mes sujets sociétaux ça serait « se laisser le temps ».
Carmen : Tout comme le travail d’auteur, je souhaite aborder des sujets qui me sensibilisent. Mon but étant de créer un univers où le spectateur puisse se questionner, s’identifier, et être touché. Je porte également un intérêt sur la composition, et la couleur, afin que mon image soit picturale.
Dan : Une fois le sujet choisi, j’organise une liste : quoi, où, comment ? Je commence par du bouche à oreille pour trouver les personnes ayant le profil recherché au sujet. Ensuite, je m’entretiens avec la personne concernée pour échanger, afin qu’elle s’imprègne du projet futur.

Ce collectif a pour nom « 24/36 », que représentent ces deux chiffres pour vous ?

Dan : Pour quelqu’un qui a connu et commencé par la photo argentique, ça me rappelle la bonne vieille pelloche et mon premier boîtier réflex ! Aujourd’hui, ce chiffre est l’équivalent d’un capteur plein format.
Sandra : Ils correspondent à l’utilisation des appareils photographiques plein format. C’est la valeur de référence en photo. On pourrait s’imaginer qu’il s’agit d’une date, d’une heure, d’un code entre les membres du groupe mais nous ne sommes pas aussi tordus que cela ne puisse paraitre. Nous avons pris le temps de donner du sens à ce groupe qui prend naissance.
Nico : Vous allez rire ! Le 24 est la 1ere fois où j’ai été pris en photo, soit un jour après ma naissance. Et 36 est l’âge que j’avais quand je me suis mis à la photographie, non pas avec un 24/36 mais avec un aps-c. J’ai trouvé insolite cette coïncidence entre ces deux dates de ma vie et ces deux chiffres qui ont dans les deux cas un lien à la photographie.
Fred : Comme quoi il y a toujours des signes qui ne trompent pas ! Pour moi, cela représente… 24 et 36 J. Et puis en 24/36, un 20mm reste un 20mm. Bref une histoire pour couvrir tout un champ de vision.
Carmen : Le plein format en numérique. Qui permet d’exploiter pleinement tout l’angle de vision. Vision donc moins étriquée, un champ de vision plus large. Aération, libération, voir en grand ! D’ailleurs ça me fait penser à une scène du film Mommy de Xavier Dolan. Il débute par un format carré, mais au bout de 75 minutes de film, le personnage principal écarte les bras, et là, le cadre s’élargit. Libération de l’enfermement du personnage et du spectateur. Très très fort, j’ai adoré ! J Et pour conclure, nous utilisons tous, au sein du collectif, du plein format !
Laura : Oui, le format 24×36 permet de couvrir tout l’angle de vision de la focale un peu comme allégorie du collectif qui nous permet de couvrir chacune de nos visions photographiques.

Interview avec Vanessa Madec, photographe

Interview avec Vanessa Madec, née en 1990, photographe spécialisée dans le reportage de mariage.

Vanessa, quel est ton parcours photographique ?
J’ai commencé la photographie avec un compact en autodidacte l’année de mes 18 ans. Photoshop était installé sur l’un de mes ordinateurs. Je passais beaucoup de mon temps sur ce logiciel à bidouiller mes photos. À l’époque, chez moi, nous n’avions pas internet et je ne connaissais personne qui faisait de la photo. J’ai donc appris seule à me servir de Photoshop et d’un appareil photo en faisant des tests à chaque fois que j’en avais l’occasion. Lorsque je suis arrivée à Toulouse, je me suis inscrite à l’association Poussière d’image. C’est vraiment à partir de ce moment-là que la photo a pris une place sérieuse dans ma vie. Pour la première fois, j’ai pu photographier avec un reflex, ce qui m’a ouvert à d’autres rendus que j’essayais d’émuler auparavant avec Photoshop. Je me suis beaucoup investie dans cette association qui m’a tant donné. A mon tour j’ai souhaité partager et c’est ainsi que j’ai donné mes premiers cours sur Photoshop et Lightroom. Après avoir obtenu plusieurs diplômes dans divers secteur sans trouver ma voie, tu m’a conseillé de m’essayer en tant que photographe professionnelle. Trois ans après m’être lancée sans vraiment y croire me voilà photographe.

Quelle est ton approche photographique en règle générale ?
Ce que j’aime dans la photographie, c’est la beauté qui peut se dégager de certains clichés. Que cela soit par le biais d’une émotion ou un plaisir purement visuel, il faut que la photo soit belle, au sens large du terme, pour que celle-ci me plaise. La photographie est pour moi avant tout un art et doit en ce sens capter le regard et lui transmettre de l’émotion.

Pour toi, qu’est-ce qu’une photographie artistique ?
Une photographie artistique, c’est comme une mise à nu de son auteur. Il photographie ce qui le touche, il fait passer un message sur ce qu’il a vécu et ce qui influence sa vision. Finalement, c’est, sans que l’on s’en rende compte, très personnel, très intime. On retrouve des fragments de sa vie et de sa personnalité dans chacune de ses productions.

Spécialisée dans la photographie de mariage depuis 3 ans, tu arrives à boucler tes saisons. Quel est le secret de ta réussite ?
Honnêtement, je n’ai pas de secret. Ma volonté est seulement de m’améliorer de jour en jour. Je travaille pour que le prochain reportage de mariage ou la prochaine séance que je réalise ait encore plus d’impact que mon reportage précédent. D’ailleurs je n’arrive pas à qualifier ce que pourrait être ma réussite. J’ai cette volonté de viser plus haut et plus loin. Je révise sans arrêts mes objectifs à la hausse, sans me satisfaire de ce que j’ai acquis jusqu’ici. En ce sens, ma réussite ne sera jamais atteinte, c’est ce qui me permet d’évoluer sans me reposer sur mes acquis.

Etant en ton compte, tu t’exiges à faire des journées de 8h à 18h voire plus, du lundi au vendredi en dehors de tes jours et heures de reportages. Outre le post-traitement de tes photos, sur quoi bosses-tu autant ?
En tant qu’entrepreneur, il y a énormément de chose à gérer. Je gère seule mon activité ce qui implique que je suis pluridisciplinaire. Mes tâches hebdomadaires se répartissent entre la communication avec mes clients et mes partenaires, la comptabilité, la mise à jour de mon portfolio, la proposition de reportage de mariage et de famille à des plateformes tierces, la création un nouveau book, faire de la veille pour être à l’affut des nouvelles tendances, de la formation pour mieux servir mes clients… Vraiment beaucoup de choses ! Mes journée sont bien courtes et dépassent bien souvent les horaires que je me suis fixés !

Depuis une bonne année, tu vis en Allemagne et tu tournes dans toute la France et dans certains pays européens pour les mariages. Comment gères-tu ta communication « franco-européenne » ?
Afin de facilité l’accès à ma clientèle anglophone, j’ai commencé par traduire entièrement mon site Web en anglais. Dans les prochains mois, je vais également intégrer une partie française pour les visiteurs francophones prenant plaisir à naviguer sur un site dans leur langue maternelle. La communication notamment sur le mariage n’est pas forcément facile car chaque pays a son style de mariage. Les mariages allemands, par exemple, ont tendance à être plus petits et se déroulent dans des restaurants contrairement aux mariages français qui comptent généralement une centaine d’invités avec une réception dans un château ou un domaine spécialisé pour le mariage. La façon d’appréhender le mariage est donc différente et le résultat également. Pour le moment ne parlant pas encore allemand je me focalise sur la communauté française et anglaise en Allemagne. Les allemands parlent assez aisément anglais ce qui m’a permis d’avoir un mariage à Hanover cette année et deux à Hamburg.

Est-ce facile pour une personne ne maîtrisant pas la langue allemande de faire sa place dans le milieu de la photographie de mariage de ce pays ?
Comme je le développais dans ma réponse précédente les allemands parlent très bien anglais, ce qui me permet d’être quand même contactée. Le temps est ici un allié de taille, puisqu’il faut se faire connaître et que le référencement internet, par exemple, prend beaucoup de temps.

Y a-t-il une différence entre la photographie française et la photographie allemande notamment dans le domaine de la photographie de mariage ?
Je ne dirais pas qu’il y a une réelle grosse différence. L’approche semble être la même : un réel intérêt pour des photos non posées qui retranscrivent bien les émotions. Les mariages ont tendance à être un peu plus petit qu’en France et moins traditionnel avec un passage à l’église pas aussi courant qu’en France ce qui entraîne un refus de beaucoup de prêtres à la photographie du mariage dans l’église. Cela m’est justement arrivé cette année, j’ai dû passer la cérémonie assise sans faire de photos, je n’ai pu me lever uniquement pour l’échange des consentements. Ceci s’explique par le manque d’habitude des prêtes aux photographes dans les églises. Ils pensent qu’un photographe va gêner le bon déroulement de la cérémonie.

Pour toi, qu’est-ce qu’une bonne photographie de mariage ?
Pour moi une bonne photographie de mariage c’est une photographie émotionnelle. Une photographie où l’on peut ressentir l’amour qu’il peut y avoir entre deux personnes, les liens qui unissent une famille, l’attachement profond que des amis peuvent avoir. C’est de l’émotion mis en valeur par un le style artistique du photographe. Une bonne photographie de mariage doit, même seule, raconter une histoire et avoir un impact.

Quelle est ta démarche photographique dans le domaine des reportages de mariage ?
Ma démarche est de photographier ce lien qui existe entre les différents acteurs du mariage, que les émotions soient palpables, que l’on puisse ressentir ce que les mariés et invités ont ressenti, ce que j’ai ressenti. Ma volonté est de livrer un reportage mélangeant émotions et ma vision artistique de ce qui s’est passé.

Au niveau de tes clichés, on ressent ta pâte. Comment définirais-tu ton écriture photographique ?

Merci, c’est très gentil ! Mon écriture photographique est guidée par ce que je ressens. Les émotions des personnes qui m’entourent sont une source infinie d’inspiration, tout comme la nature qui joue un rôle primordial dans mon cadre. Pour définir un peu plus en détail mon style, je dirai que celui-ci s’approche d’un style « drama » avec des teintes chaudes et des couleurs sourdes mais vibrantes. Le but de mon traitement photo est de mettre en avant les émotions tout en gardant un côté artistique. Mes photos parlent mieux que mes mots pour décrire mon style. Je conseille donc d’aller voir mon site pour découvrir mon style.

Outre les mariages, que photographies-tu comme évènements ou autre ?
Je suis passionnée par les émotions et par l’humain. Je photographie tout ce qui se rapporte à lui en passant par des séances « famille », des portraits d’artistes, d’artisans, des lookbook pour des marques… Même lorsque je photographie des objets dans le cadre d’un reportage ou pour mon travail personnel j’aime qu’une émotion se dégage de ces photos même si aucun être vivant n’y figure. Ce qui est important pour moi c’est la vie, la personnalité et l’unicité de chacun.

Le ressenti de tes clients/mariés sur ton travail photographique est-il important pour toi ?
Tout à fait ! C’est même le plus important pour moi. Je travaille pour eux, je suis à leur service. Ce qui m’importe c’est qu’ils soient satisfaits de leur reportage de mariage, qu’ils aient plaisir à le partager avec leur famille aujourd’hui et leurs petits-enfants dans 40 ans ! Je crée un peu leur héritage photographique familial et je suis vraiment reconnaissante qu’ils me confient cette tâche !

A côté de tout cela, réalises-tu, à titre personnel, du travail d’auteur ?
Pour le moment j’ai beaucoup d’idées qui restent dans ma tête par manque de temps mais j’y travaille petit à petit pour réussir à mener à bien ces projets.

En dehors de moi-même qui suis ton photographe préféré, as-tu des photographes « références » qui t’inspirent ?
(Rires) Tu fais surtout partie des 6 personnes qui ont changé ma vie ! Mais oui j’aime bien tes photos (rires). J’ai vraiment énormément de références ! Que je regarde peu finalement par manque de temps. Voici mes 4 chouchous pour le mariage : Baptiste Hauville, Béatrice de Guigne, Eric-René Penoy, Dylan & Joanna. Et une autre liste pour le reste : Tim Walker, Annie Leibovitz et Peter Lindbergh.

Quel est ton rêve photographique ?
C’est la question la plus compliquée. Honnêtement je ne sais pas, il y en a tellement que je désire que je n’arrive pas à répondre à cette question. Réaliser un reportage de mariage avec une aurore boréale au moment de la première danse me parait pas mal comme scène, tout comme un élopement dans la nature Australienne ou encore réaliser à la chambre photographique le portrait de Clint Eastwood ou toute autre personne charismatique.

Tes sites Web ?
Voici mon site : vanessamadec.com
Et voici mon site dédié au mariage : vanessamadec-weddingphotography.com

Interview avec YanYak, modèle et comédien

Interview avec YanYak, la cinquantaine passée, comédien intenable et modèle photo à l’humour décapant. 

A la base, tu as commencé par pratiquer la photo en étant derrière l’objectif. Puis, tu es passé aussi devant l’objectif. Qu’est ce qui t’a motivé pour devenir modèle photo ?
Je n’ai jamais cherché « à faire modèle » Je me suis bien mis en scène deux ou trois fois mais essentiellement de manière improvisée ou parce que je n’aurais pas trouvé facilement le modèle qui accepte par exemple de se ridiculiser en public. Le reste du temps, j’ai répondu à des demandes d’amis photographes et en particulier toi NicoToulouse. Tu as été le premier à me solliciter. A ma plus grande surprise tu ne t’es pas limité à une seule fois. Et j’en suis très fier car j’appréciais déjà beaucoup ton travail avant de te connaître. Anna Kyne, dès notre première rencontre, m’a proposé un rôle dans une série de courts métrages. Je n’en menais pas large mais j’ai été extrêmement flatté par certains retours élogieux alors que je n’avais pas du tout le sentiment d’avoir fait quelque chose de difficile ni d’extraordinaire. Je suis toujours, agréablement, surpris lorsqu’on me sollicite. Je tiens à préciser que tous les photographes devraient au moins une fois poser en tant que modèles. Ca permet par exemple de comprendre combien c’est difficile et fatiguant de tenir une pose ou de garder une expression en devant rester contracté et parfois en apnée pendant que le photographe fait ses réglages.

Te souviens-tu de ta première séance photo en tant que modèle ?
La première dont je me souviens c’était totalement improvisé : Pendant que tu shootais Harmonie nue qui avait des portées musicales dessinées sur le corps, j’ai attrapé une guitare et me suis penché sur elle de très près en faisant semblant d’avoir des problèmes de vue pour déchiffrer. Je crois que la deuxième fois, tu m’avais fait poser pour dénoncer la censure. J’étais assis sur un trône avec une superbe Marianne nue à côté de moi. J’avais un air supérieur et très con, un fusil de la révolution à la main, avec un drapeau tricolore en guise d’écharpe. Cette photo avait ému une partie de mon entourage. Faut dire qu’à l’époque, j’étais élu. Au début certains colistiers auraient souhaité que j’arrête mes conneries. Ils s’en amusent aujourd’hui ou du moins font semblant. La fois d’après, c’est toi qui m’a demandé de prendre une cane à pêche pour attraper un modèle féminin, là aussi nu, dans un petit bassin d’agrément puis de me mettre torse nu et de la découper dans un évier d’où dépassait son postérieur. Ensuite, les shootings se sont enchaînés et j’ai depuis posé pour d’autres photographes.

Quelle est ta séance qu’a été la plus difficile pour toi ?
Peut-être celle où à côté d’un grand rond point et sur une avenue fréquentée tu m’as fait traverser un passage clouté à la nage avec masque, tuba, palmes, short de bain et suivi par un bateau pneumatique dans lequel ramait un modèle féminin. Il y a aussi la séance où tu m’as demandé de pleurer. Celle de « la tondue » à qui je devais mettre des coups de crosse. J’en passe et des meilleures. Ce n’est pas pour rien que j’ai la réputation d’être ton souffre-douleur.

Tu rentres souvent dans des styles satiriques, parfois tournés sur l’humour noir, pourquoi cette attirance pour ces styles ?
J’ai toujours adoré Brassens, San Antonio, Desproges, Coluche, Dubout, Reiser, Franquin… Ca fait un cocktail (d)étonnant de dérision, cynisme, franc-parler, paillardise, mais aussi et surtout de tolérance pour lutter contre la bêtise, l’ordre établi et tout ce qui est conventionnel.

Tu es l’exemple type du proverbe « Le ridicule ne tue pas ». Tu joues beaucoup sur l’autodérision. Qu’attends- tu comme retours/critiques de la part de ceux qui voient ces photos là ?
Je pense qu’il est important de ne pas se prendre au sérieux. Ca aide à devenir moins con. Je me dis : « Comprend qui peut, comprend qui veut ». Ca me fait toujours plaisir quand je vois que certains peuvent dépasser le stade du premier degré et comprendre voire apprécier ce que San Keaton, modèle toulousaine, appelle notre « humour de merde ». Je me fais peut-être des illusions, mais avant l’attentat de Charlie Hebdo, cet humour dérangeait et était insupportable pour beaucoup qui ne le connaissaient pas. Depuis, c’est beaucoup plus difficile de provoquer au point de s’attirer comme avant des centaines de mots d’insultes sur Facebook. On dirait que les gens s’habituent ou qu’ils sont blasés. Je regrette presque ces polémiques qui m’amusaient. Je pense que dans les années 30 ou les années 80 les gens étaient plus ouverts et plus tolérants car il y avait davantage de libertés qu’aujourd’hui. Tout est normalisé, conventionnel, aseptisé. On devient des robots si on ne sort pas du rang. C’est grave.

On voit aussi, notamment sur la série « Tchao Pantin » que tu as une âme de comédien. Aurais-tu aimé, professionnellement parlant, être Comédien ?
Non je n’ai pas une âme de comédien. Ce n’est pas parce que je suis capable de faire deux expressions, un air idiot ou un regard sombre que je suis comédien. Si j’avais du être comédien, je crois que j’aurais aimé faire du one-man-show avec mes propres textes pour pouvoir les massacrer à loisir. Je ne supporte pas le cinéma à cause de la trop longue attente sur les plateaux. Par contre il est vrai que j’adore le moment où je suis devant la caméra qui tourne. Surtout si j’ai dans la tête quelques petites facéties à rajouter à mon personnage pour surprendre le réalisateur ou les autres comédiens. Ca peut déclencher des fous rires ou des éloges, mais aussi la colère du réalisateur. Dans tous les cas c’est jouissif. Si j’avais été acteur de cinéma j’aurais aimé être « une gueule » comme on en faisait autrefois. Mon personnage serait le dur au cœur tendre plein de bonne volonté mais pataud et à qui il n’arrive que des merdes. J’aurais adoré jouer les rôles de Lino Ventura, Bernard Blier ou Michel Galabru qui à mon avis n’ont jamais été remplacés.

Et le théâtre, ne te tente t-il pas ?
J’ai une toute petite expérience scénique à travers la chanson qui m’a permis de comprendre ce que veulent dire les acteurs quand ils parlent de contact, d’osmose et de communion avec le public. Ca met dans un état second et ça procure un bonheur indescriptible. Oui, j’adorerais faire du théâtre s’il ne fallait pas apprendre ses répliques par cœur. D’abord j’ai la flemme, ensuite je ne sais pas s’il me reste assez de neurones pour en être capable et enfin je serais trop tenté de mettre ma touche personnelle et de modifier légèrement le texte à ma sauce. D’autre part j’aurais trop peur des fous rires incontrôlables que l’on ne peut pas couper comme au cinéma. Resterait le théâtre d’impro mais je trouve que la qualité des prestations est trop souvent foireuse. Je ne suis pas du tout sûr d’avoir assez de vivacité d’esprit pour offrir de bonnes réparties.

A priori, le nu, même en tant que modèle, ne te dérange pas. Que représente la photographie de nu pour toi ?
Il m’arrive effectivement de faire du nu. Dans mon cas, heureusement je me limite à l’autodérision, à la provocation ou à défendre des causes (mal bouffe par exemple). Le nu représente aussi la liberté de pouvoir se défaire de certains carcans de préjugés. Brassens disait que « Montrer son cœur ou son cul c’est pareil ». Je le pense aussi et c’est une invitation à méditer sur la pudeur. Si le nu ne me dérange pas c’est sûrement grâce à certaines mi-temps de rugby où il paraît que dans ma folle jeunesse on m’aurait vu passer à poil sur les Champs Elysées ou dans le métro parisien. Et puis je photographie beaucoup de filles nues. Je me verrais mal leur demander de se mettre nues si j’étais pudibond.

Que penses tu de la censure photographique, notamment lorsqu’il s’agit de la photographie de nu ?
Je suppose que tu fais allusion à celle de Facebook. Elle est totalement stupide car l’art, les exhibitions et la pornographie sont traités sur le même plan. En plus elle est injuste, illogique et parfois totalement injustifiée. Je pense que le QI des pauvres gens employés par Facebook pour appliquer la censure comme des robots n’a pas besoin à ce jour d’être très élevé. La haine ou la violence par contre sont admises. C’est l’illustration même de la bêtise et de l’inculture anglo-saxonne que les américains tentent de nous imposer à travers des normes et des procédures contre lesquelles la culture latine et humaniste doit résister.

Tu poses aussi pour des thèmes engagés. La photographie est-il ton outil/moyen pour faire passer des messages ?
Oui bien sûr. Mais pas uniquement. Il paraît que j’ai aussi une belle plume qui parfois peut-être assassine. Dans la photo, l’écriture, ou sur Facebook, je peux me permettre de faire plein de choses que je m’interdis dans la vraie vie. Entre autres, je peux ouvertement envoyer les cons se faire foutre et je ne m’en prive d’ailleurs pas. Souvent je passe pour un fou furieux que certains évitent et je m’en amuse. Mais pour être honnête, la photo ne sert pas qu’à la défense des grandes causes. Je suis aussi animé par le goût de l’absurde et de la provocation en recherchant toujours à repousser les limites.

Quelles sont tes limites en tant que modèle photo ?
En photo en général, la principale limite pour moi c’est la peur de blesser ou de porter tort à quelqu’un. En tant que modèle, mes limites peuvent être repoussées si c’est pour une noble cause et si ça a un sens ou une utilité. Pour te donner un exemple : souviens toi par exemple de la photo du « pâté ». Tu m’avais demandé d’étaler sur une tranche de pain du pâté que je prenais avec le couteau sur un sexe de femme. Dans un premier temps j’ai refusé car à travers les explications que tu m’avais données je trouvais que c’était méprisant vis-à-vis de l’image du sexe de la femme. Dans un deuxième temps, je t’ai demandé à faire exactement la même photo sauf qu’en portant un maillot du Stade Toulousain j’étais un supporter impatient qui préparait ses sandwiches avant d’aller au match. Le visuel était exactement le même mais ce que racontait la photo était différent. Dans un cas j’avais refusé, dans l’autre j’avais accepté. En tant que photographe ou modèle, je suis dans le même univers et partage les mêmes délires. J’adore transgresser les interdits. J’aime provoquer, faire le clown, prendre des risques et avoir des montées d’adrénaline. Sinon ce que je ne ferais pas c’est me déguiser en femme. N’insiste pas, c’est non.

Pour toi, modèle/comédien, est-ce un besoin thérapeutique ?
Oui tout à fait. C’est un exutoire qui permet de dépasser ses propres limites, d’exorciser de vieux démons, de vaincre certaines peurs ou de soulager des souffrances. Mais je pense aussi que ça peut-être dangereux si le modèle ne sait pas à l’avance ce qu’il veut faire, pourquoi et jusqu’où il est prêt à aller. Dans le cas contraire, il peut momentanément tomber sous l’emprise du photographe et risque plus tard de ne pas pouvoir assumer des choses qui peuvent lui faire beaucoup de mal.

Qu’en pensent tes enfants ?
Il tardait à ma fille de se marier pour changer de nom. Plus sérieusement, mes enfants au début ne comprenaient pas et désapprouvaient. Ils vivaient assez mal le fait qu’au lycée les amis commentaient les derniers « exploits » de leur père. Ensuite ils s’y sont peu à peu habitués au point même de me donner des idées où de m’aider à faire certains shootings voire même d’y participer. Ca me fait toujours bizarre de voir mes enfants me faire la morale. Je leur ai toujours dit que je serai un grand père indigne et un vieillard insupportable. Je pense qu’en vérité, malheureusement pour eux ils ont hérité de mon humour et qu’au fond ça les amuse. L’essentiel pour eux c’est de me voir heureux et épanoui.

Interview avec Alexia Abakar, photographe

Interview avec Alexia Abakar, actuellement Toulousaine, 20 ans, passionnée de photographie et étudiante en psychologie à ses heures perdues.

Quel est ton parcours photographique malgré ton jeune âge ?
J’ai commencé la photographie avec des jetables quand j’étais gamine. Genre, si je voyais un jetable t’étais sûr que la seconde d’après il était dans mes mains et que je courais partout pour immortaliser ce que je voyais. D’ailleurs, aujourd’hui encore j’ai toujours un jetable à portée de main. Puis est venu le temps du numérique où j’ai commencé à photographier mon entourage. Puis, je ne sais plus quand exactement… Vers 2010/2011, après trois longues années à réclamer un reflex, j’ai enfin eu mon 600D. Je devais donc avoir 13/14ans. Du coup je m’y suis un peu plus penchée sur la chose à ce moment là. J’ai attendu de maitriser mon boitier au mieux avant d’investir dans un 50mm en 2013 et clairement c’est là que les choses, si je peux dire, « sérieuses » ont commencé. J’ai vraiment pu m’épanouir dans le portrait. Parce que ce n’était pas avec un 18-55 que j’allais vraiment y arriver. J’ai fait une pause d’un peu plus d’un an de fin 2013 à mi-2015 pour des raisons personnelles, car ce fut une période pas forcément simple dans ma vie. Ensuite, je m’y suis doucement remise et j’ai commencé à gagner un peu de notoriété sur l’île. J’ai commencé à faire des photos pour des boutiques de fringues locales, et quand cela a commencé à bouger pour moi sur l’île j’ai emménagé à Toulouse en Septembre 2015. Hormis deux/trois petits shootings par ci par là et le concert de Naâman au Bikini, je n’ai clairement rien fait lors de ma première année dans la ville rose. J’avais le mal du pays. C’est pourquoi début mai 2016, avant de savoir si j’avais réussi mon année, je suis rentrée sur mon île sur un coup de tête sans même prévenir ma mère. Je suis revenue en métropole quatre mois plus tard regonflée à bloc. J’ai pu immortaliser le passage de Naâman à l’Olympia, grâce au manager de Marcus Gad et La Grosse Radio. C’est bien cette soirée qui a été un tournant pour moi, car ça m’a relancée. J’ai pu faire les photos du Festival Les Bulles Sonores et des événements de la boite de production Talowa. J’ai récemment changé de matériel pour passer à un 5D Mark II et aujourd’hui me voilà à suivre Devi Reed en tournée.

Passionnée par la musique, tu t’es spécialisée dans la photographie de concerts. Comment prépares-tu ces reportages ?
Cette question me fait doucement rire car tu pourrais me la poser pour n’importe quoi, ma réponse sera toujours la même : je n’ai aucune préparation. Ma vie est basée sur un seul truc : l’improvisation.

La photographie de concert est plutôt convoitée par de nombreux photographes. Comment te démarques tu de tes compères photographes ?
Je ne saurais te dire car je ne fais vraiment rien pour me démarquer des autres photographes. Au niveau de la photographie, j’ai un point de vu très égocentrique sur la chose puisque mon seul but est de progresser et d’enfin parvenir à trouver ma pâte.

En règle général, quelles sont les contraintes de la photographie de concert ?
Il n’y a pas réellement de contraintes, les règles sont assez souvent les mêmes lorsqu’il y en a. C’est-à-dire que nous devons assez souvent faire des clichés uniquement lors des trois premiers morceaux, faire valider les photos par la personne représentant le groupe avant publication et bien évidemment : ne pas utiliser le flash. Ce dernier point est bien le seul point a toujours être présent.

Au niveau des accréditations, as-tu des difficultés à les obtenir ?
Pas du tout. Le milieu du reggae n’étant pas énormément médiatisé, il n’est pas difficile d’obtenir des accréditations. Après, il faut savoir que j’ai des contacts directs avec les deux grosses boites de production toulousaine et que je suis rédactrice pour deux webzines. Par conséquent, cela appuie sur la balance lorsque je fais mes demandes pour des concerts d’artistes ne faisant pas part de la sphère du reggae music.

Il y a beaucoup plus de photographes masculins que féminins. On entend souvent que le milieu de la photographie de concert est plutôt sexiste. Qu’en penses-tu ?
Comme dit précédemment pour le moment, je n’ai pas réellement rencontré de difficultés à obtenir d’accréditation à cause de mon sexe. Au contraire j’ai pleinement conscience que le fait d’être fille et d’avoir une assez bonne gueule m’a complètement aidé à d’obtenir ma première accréditation photo et de monter des échelons assez vite au point de pouvoir suivre un artiste en tournée.

Tu es la photographe officielle de quelques groupes et parfois tu les suis dans leurs tournées. Comment se fait ton intégration ?
Ce n’est pas tout à fait exact. Je suis la photographe officielle d’un seul artiste : Devi Reed et c’est bien le seul que je suis en tournée. Après, je suis de très près un autre groupe qui est Jahneration, de part mon rôle de rédactrice pour un webzine reggae. Mais pour les deux groupes, même si le contexte est différent, l’intégration est la même car je ne les vois pas premièrement comme des « artistes » mais bien comme des humains et j’adore ce qu’ils dégagent, ce qu’ils représentent. Ce sont des personnes simples, pleines d’amour, d’humour et de partage et je trouve ça magique d’avoir la chance de pouvoir côtoyer des personnes avec un tel état d’esprit.

Quels chanteurs ou groupes de musiques rêverais tu photographier ?
En terme de concert et de portrait : Die Antwoord. Ils me font rêver.

Pour toi, qu’est-ce qu’une très bonne photographie de concert ?
Je t’avouerais que je ne me suis jamais réellement posé la question. J’estime qu’il ne peut pas avoir un exemple type d’une très bonne photographie de concert, mais en soit, pour se rapprocher au mieux d’un idéal il faudrait : premièrement : une très bonne gestion de la lumière ; deuxièmement : immortaliser un moment, une énergie forte ; troisièmement : avoir un cliché qui se rapproche au mieux de l’artiste et de son image.

A côté de la photographie de concerts, tu réalises des séances « portraits » de personne lambda. Qu’est ce qui t’attire dans la photographie de portrait et que cherches-tu à faire ressortir absolument ?
Alors, il faut savoir que j’ai commencé par faire du portrait donc dans l’ordre des choses c’est la photographie de concerts qui vient après les portraits, même si, il est vrai, la musique a prit le dessus dans ma vie. Mais pour répondre à ta question, ce qui m’attire dans la photographie de portrait c’est tout simplement les gens. Dans la vie, je suis quelqu’un d’assez réservée qui n’ose pas spécialement aller vers les gens. La photographie m’a permis de contrer cela et d’aller vers des personnes qui m’inspirent quelque chose, pour ensuite essayer de faire ressortir au mieux cette partie de leur personnalité qui a attiré mon attention, à travers mes clichés.

Comment définirais-tu ta photographie de personnes ?
Naturelle, simple et représentative.

Es-tu difficile dans le choix de tes « modèles » ? Sur quels critères te bases-tu ?
La beauté est quelque chose de très subjectif. Pour ma part, lorsqu’il est question de photographie, j’aime les modèles atypiques ou qui dégagent quelque chose de fort. Après tout est une question de feeling, je peux me balader en ville ou sur Instagram, voir quelqu’un et me dire : « tiens, cette personne, j’adorerais l’immortaliser », sans parvenir à te dire pourquoi j’ai choisi cette personne et pas une autre.

La photographie de portrait est aussi une affaire de confiance entre chaque protagoniste. Quelle est ta démarche pour que le feeling passe ?
Je n’ai pas vraiment de démarche. J’ai la chance d’avoir dans mon entourage des personnes qui ont un physique très avantageux. De ce fait je photographie essentiellement mes ami(e)s. Après, lorsqu’il s’agit de commandes, je n’ai pas vraiment tendance à me prendre la tête et je ne suis pas là pour juger. Je laisse le feeling faire et je ne sais pourquoi, mais mes modèles me disent souvent à la fin de la séance que j’ai une présence « apaisante » et de ce fait, ils parviennent à se détendre assez vite.

Diriges-tu tes « modèles » ou laisses-tu une part à l’improvisation ?
Cela dépend. J’aime vraiment beaucoup laisser place à l’improvisation, mais tout dépend du modèle. Certains modèles ont besoin d’être accompagnés, tandis que d’autres laissent faire la « vibe ».

Tu es plus photographe d’extérieur que de studio, pourquoi ?
Question d’habitude. J’ai débuté la photographie en autodidacte lorsque je vivais à La Réunion. Cette île a tellement à offrir. Ma mère étant passionnée de randonnée, dès mon plus jeune âge je l’accompagnais en balade. Et malgré l’épuisement, j’ai le souvenir d’avoir toujours été émerveillée par ce qui m’entourait. Mais en soit, je n’ai jamais pu prendre un simple paysage en photo. Quand c’est moi qui le fais, je trouve ça fade. Alors voilà, j’ai commencé à photographier mes ami(e)s, et comme je l’ai dit précédemment, ceux sont des moments que je souhaite immortaliser, ce qui est un peu plus compliqué à faire en studio. Après je ne suis pas contre l’idée de photographier en studio, j’ai d’ailleurs quelques idées en tête depuis quelques temps à ce sujet…

Plutôt noir&blanc ou plutôt couleur ?
Très bonne question. Je dirais que cela dépend de ce que je souhaite faire ressortir, mais je dirais majoritairement noir et blanc.

Pour toi, qu’est-ce qu’une bonne photographie, en règle générale ?
Je peux te faire simple. La bonne photographie, celle qui me fait rêver, je l’ai déjà vue. C’est Golden Light by Gonzalo Navarro Bendito.

Quelle est ta devise photographique ?
Immortaliser et retranscrire au mieux les émotions.

La page FB d’Alexia : BakarPhotography

Son site : alexiabakar.wixsite.com/alexiabakar

Interview

J.N., jeune anglaise de 24 ans, vit à Toulouse depuis 2012. Nageuse de haut-niveau, cette blonde aux yeux bleus s’est prise au jeu de la photographie en 2016 en tant que modèle.

Depuis quand es-tu modèle photo et comment as-tu débuté ?
Je suis modèle photo depuis août 2016, donc ça fera bientôt un an ! J’ai commencé parce qu’une amie qui faisait déjà de la photo a voulu que je fasse des photos en duo avec elle. J’ai accepté et depuis je suis devenue passionnée de ça !

Pour toi, cette activité est une passion que tu pratiques en tant que loisirs, qu’est-ce qu’elle t’apporte concrètement ?
Oui cette activité est une passion. J’aime beaucoup me changer les idées, découvrir le monde de quelqu’un d’autre.

Tu reçois de plus en plus de demandes, comment sélectionnes-tu tes shoots photos ? Par rapport à la notoriété et/ou compétences des photographes ou par rapport aux projets proposés ?
Je dirais que c’est un mélange des trois. Je n’ai pas de règles précises, j’essaie d’accepter autant que possible mais c’est plus les contraintes de temps qui font que je suis obligée de choisir. Je fais deux ou trois shoots par semaine en général. Si j’admire le travail d’un certain photographe, je serais particulièrement motivée de travailler avec lui/elle, mais ce n’est pas le seul facteur. Je choisis aussi par rapport au projet proposé, il faut des envies photographiques communes. J’adore des projets originaux, j’essaie de changer par rapport à ce que j’ai déjà fait.

As-tu déjà connu un souci particulier avec un ou des photographes ? Quelle est ta méthode pour éviter de tomber sur des « fauxtographes » aux gestes ou aux paroles déplacés ?
Je n’ai jamais eu de soucis particuliers, mais si j’ai un doute sur un photographe, je n’y vais pas. J’avoue que c’est un peu délicat et donc j’essaie de me renseigner un maximum sur la personne en amont. Je demande des avis des photographes que je connais bien et à qui je fais confiance, ou alors à des modèles. C’est bien de créer un réseau de confiance. J’essaie toujours d’échanger avec un photographe dans un lieu public avant de shooter ensemble, et je précise que j’amène un contrat à chacun de mes shoots. Si j’ai un doute sur la personne, je demande si je peux venir accompagnée.

Tu as shooté avec de nombreux photographes, quels sont ceux qui t’ont marquée au niveau travail photographique et puis au niveau relationnel ?
Pour moi, le travail photographique et le relationnel viennent ensemble. Ceux qui m’ont marquée sont ceux qui m’aident à évoluer, qui me donnent des conseils et qui peuvent me guider. Ceux avec qui on a passé des bons moments à shooter et bien rigolé.

Des photographes sont-ils aujourd’hui devenus des amis sur qui tu peux compter ?
Oui. C’est assez marrant parce que se sont des personnes que je n’aurais jamais rencontrées, mais la passion de la photo nous a réunis et je trouve ça très sympa. Ça nous ouvre l’esprit.

Au niveau relation humaine, y trouves tu ton compte ?
Totalement ! J’ai rencontré du monde grâce à la photo, et il y a eu beaucoup de belles rencontres

Quel est ton style photographique ?
Ce que je préfère le plus, c’est le nu artistique, je ne m’en lasse pas ! Depuis le début, j’ai adoré poser nu, je trouve libérateur. Je préfère poser dans des endroits vivants qu’en studio, cela m’inspire plus.

Quel regard as-tu sur la photographie de nue ? C’est ton style préféré et tu le pratiques régulièrement, pourquoi ?
De dire la photographie de nue est assez compliqué, parce qu’on peut faire tellement de choses différentes avec le nu. Je n’ai jamais été pudique. Je suis nageuse de haut niveau et donc de cette façon, mon corps est mon outil de travail. Je suis fière de la façon dont mon corps est sculpté, parce que c’est une représentation du travail que j’ai fait. Il est étonnant et ça me fâche que même aujourd’hui, il y a des gens qui disent que les filles ne devraient pas faire trop de sport « pour ne pas se transformer en homme/devenir trop musclée ». Donc oui je suis fière de poser nue, et j’espère que ça aide à changer les à priori de ce genre. Et, je trouve ça beau. Il y a une simplicité que l’on retrouve dans la photographie de nu qui m’a marquée.

Quelles sont tes limites ?
Je suis très ouverte, mais je ne ferai pas de photo à caractère pornographique. J’aime beaucoup la photo quand on reste dans « la suggestion », c’est une façon d’évoquer de l’émotion pour le spectateur.

Que penses-tu de la censure photographique notamment au niveau du nu et comment la gères-tu ?
Je suis totalement contre la censure photographique. Je trouve que tout le monde devrait être capable de s’exprimer comme il veut. Dans l’ère digital, la censure a pris un sens diffèrent et nous parlons beaucoup de la censure de contenu sur certains sites ou réseaux sociaux. Ces sites sont créés par des entreprises et donc si nous souhaitons utiliser ces plateformes, nous serons obligés d’accepter les conditions de censure qui viennent avec. L’avantage d’utiliser des sites tels Facebook, Instagram est qu’il est possible de toucher une énorme population avec ses amis, les amis des autres etc., mais l’inconvénient c’est que je suis obligée de censurer les « zones intimes » sur mes photos de nu. Je le vois comme ça. Je publie mes photos de nu sans censure sur mon book.

Sur une séance, as-tu des petits « caprices » (pas ce profil, pas cette position, etc.), ou te mets tu totalement au service de la photographie et donc du photographe ?
Je me mets totalement au service du photographe. J’adore découvrir le monde de quelqu’un d’autre.

Acceptes tu que le photographe retouche ton physique ? Si oui, dans quelle limite ?
Je ne préfère pas. Je l’accepte, parce que je trouve que ça fait partie du travail du photographe, mais c’est vrai qu’il est difficile de mettre des limites. Je veux que mes photos soient une représentation de moi-même, et je veux que cela reste réaliste.

Pour toi, qu’est-ce qu’une photographie dite artistique ?
Une photographie artistique, c’est quand il y a une certaine réflexion derrière, quand on imagine l’image qu’on va créer et on veut exprimer quelque chose. On réfléchit aux émotions et réactions que la photo va évoquer.

As-tu des conseils à donner pour celles qui souhaiteraient poser pour la 1ere fois ?
Il est facile de regarder le travail d’un autre modèle et de dire « je veux faire comme lui/elle » mais c’est mieux de trouver ce qui nous différencie. On peut s’inspirer du travail des autres, mais c’est mieux de rester fidèle à soi-même.

Chaque année, je choisis une « muse » photo. Pourquoi, as-tu accepté d’être ma « muse » 2017 ?
Parce que j’adore ta démarche dans la photo. Tu es une personne de confiance et clairement passionné par la photographie, j’adore quand tu racontes les histoires derrière chaque cliché, et le raisonnement. Souvent tu fais des photos pour t’exprimer, et ça me fait plaisir d’en faire partie.