Il m’énerve !

Julia a été (malheureusement pour elle 😝) ma muse (adorable) 2017 jusqu’à son départ à Lyon, fin août. Sur ce cliché, on peut imaginer ce qu’elle pensait avant que je lui demande de se mettre en place : « Qu’est ce qu’il va encore me demander comme putain de pose vraiment chiante à faire ! Il m’énerve ! » 🙂

Frédérick Lejeune, du collectif 24/36, qui est-il ?

Combien de photographes pratiquent la photographie de mariage ? Beaucoup ! Combien d’entre eux aiment cela ? Très peu ! Quand vous discutez avec des professionnels, vous remarquerez qu’ils sont nombreux à estimer ne prendre aucun plaisir à mettre en boite les mariages. Ils le font seulement par obligation « alimentaire ». Il faut bien gagner sa vie ! Mais parfois vous pouvez tomber sur des photographes bien rares qui adorent cela, qui prennent leur pied et qui ne s’en cachent pas. Frédérick Lejeune est un de ces spécimens. Photographier les mariages, il kiffe ! Quel intérêt photographique y trouve-t-il ? Sans hésiter, il vous répondra « les émotions ! Un mariage est un condensé d’émotions et de sentiments ». Voilà ce qui fait vibrer notre cher Fred ! Capter les joies, capter les pleurs, capter la fierté, capter l’amitié, capter l’amour, capter la fraternité, capter les liens… bref, capter la vie, souvent en noir et blanc et de plus en plus en couleur, tout simplement pour raconter une histoire, leur histoire, celles des mariés, celle d’une famille, d’un cercle d’amis, témoignage familial et amical si essentiel pour alimenter nos souvenirs, ne pas oublier. Les mariages le passionnent car justement il les vit comme les invités les vivent, tant émotionnellement que festoiement, à tel point que bien souvent ce photographe des mariés finit par devenir l’ami des mariés. Ses clichés ne mentent pas et démontrent bien que derrière un caractère bien affirmé se cache une âme sensible à souhait et fortement généreuse. Ses photographies sont, sans aucun doute, le reflet de sa personnalité. Pourtant, rien ne pouvait laisser présager que le Fredo adolescent deviendrait dans sa vie d’adulte un photographe à la sensibilité si aiguisée. Frédérick est né en 1972 à Villepinte dans le 93. Enfant turbulent, il a très vite préféré l’insouciance et la liberté de la rue, au sérieux et à l’autorité de l’école et des adultes. Il rentrait dans la catégorie de petit voyou. Rien ne l’intéressait sauf de faire les 400 coups rarement orthodoxes et d’abuser de son physique de beau gosse pour séduire les charmantes filles. A côté de cela, il lui arrivait tout de même de prendre de temps en temps un argentique et de déclencher sans aucune prétention. Sûrement les prémices d’un virus qui allait définitivement et solidement l’attraper des années plus tard. Il faut dire que Fred a baigné dans l’image pendant toute son enfance. Son père aimait photographier et sa mère travaillait dans une boite de production cinématographique. Il avait déjà un certain goût pour l’image cinématographique. Après un passage dans la Marine et quelques métiers ci et là, Fred s’est fixé dans la région Toulousaine en 1998 en tant que commercial. Sa première fille y est née en 2001. Vers ses 4-5 ans, il s’est mis à la photographier, photos de souvenirs, photos de vacances. Puis, ses prises de vue se sont réalisées lors de sorties personnelles, à « voler » des portraits, à rechercher des expressions, à ressentir les émotions, à donner une importance à la lumière, à réfléchir à ses déclenchements. En fait, Frédérick, sans s’en rendre compte, était tombé « malade », attrapé par le virus de la photographie qui n’allait plus le quitter. Influencé par Robert Doisneau, Willy Ronis, Sebastião Salgado, la photographie devenait son nouveau moyen d’expression, mais aussi un outil pour laisser une trace à ses deux filles. Son travail photo ne laissait pas insensible, de plus en plus de personnes y portaient un certain intérêt. Les sollicitations pour des prises de vue mais aussi pour des collaborations photographiques et artistiques affluaient. Sa première collaboration fut avec une écrivain pour « Grains de vie », par un livre et une première exposition en 2010, pour finir cette même année avec une deuxième exposition « Insolito-social ». Poussé par son entourage, Frédérick se professionnalise et réalise ses premiers portraits rémunérés et ses reportages de mariage. Sa première année ne fut pas si facile, elle a même été un échec. Et oui, Fred prit conscience que l’on ne s’improvise pas photographe professionnel juste par ce qu’on décide de l’être. Pour le devenir, il faut acquérir de réelles compétences. Il faut apprendre le métier, pratiquer, être rigoureux et tout cela ne se fait pas du jour au lendemain. Cette prise de conscience et des raisons personnelles le démotivent et il décide de tout arrêter. Mais, pour beaucoup de photographes, le virus de la photographie est immortel… Ce qui devait être un arrêt s’est donc transformé en une petite pause de quelques mois. C’est par un projet très personnel, très intimiste, à la rencontre de son mal-être et de ses démons du moment, que Frédérick nous sort, en 2012, sa série « Dualité », autoportraits accompagnés de textes poignants écrits par Marie-Cécile Fourès. Son retour est plutôt fracassant. D’autres séries ayant toute leur place dans la catégorie de travail d’auteur vont se succéder : « No lol », « Combattants », « Moi, sous la douche, je », « Alone in the city », « 3265, juste un chemin » road-trip photo avec son vélo et sa tente pendant deux mois non stop sur les chemins de Compostelle du Danemark en Espagne, et enfin « Droits de cité » série actuellement en cours. Depuis 3 ans, Fred est de nouveau sous le statut professionnel. Il est bien parti pour durer. Les mariages sont toujours son dada, même s’il s’est spécialisé dans plusieurs domaines photographiques, associé avec Carmen La Rousse, jeune photographe talentueuse. Enfin, depuis début septembre, le voilà aussi membre fondateur du collectif 24/36, une aventure supplémentaire et prometteuse. Aujourd’hui, Frédérick a fait son trou. Petit à petit, avec le temps et l’expérience, son approche photographique s’est affirmée. Ses intentions ont gagné en réflexion, ses démarches sont toujours plus élaborées et ses réalisations construites avec rigueur. Il soigne son écriture photographique et cela se perçoit de projets en projets, de séries en séries. Le style Lejeune est reconnu. Ses photographies dégagent une intensité émotionnelle assez marquante et une profondeur d’âme saisissante. Beaucoup d’entre elles captent le regard, éveillent nos émotions, laissent place à l’espoir et aux vertus positives, font rêver. Et d’autres nous montrent une certaine réalité, nous questionnent sur les autres et leur histoire, sur nous autres et notre histoire, sur lui-même et son histoire. En fait, son moteur premier est l’Humain, avec un grand H. Et oui, vous avez compris : Frédérick Lejeune est surtout un photographe Humaniste !

Collectif 24/36

Quelle est l’utilité d’un collectif (photo) ?
Nico : Cela permet de regrouper des personnes ayant des visions différentes mais avec une approche photographique complémentaire et une finalité généralement identique.
Laura : Oui, c’est avant tout des rencontres, des échanges et l’envie de partager une passion commune.
Carmen : C’est enrichissant comme expérience, car on aborde et on exploite un sujet à travers un regard différent du nôtre.
Sandra : En effet, le collectif instaure une réelle dynamique au sens large. Il permet aux projets de se concrétiser et d’avoir un cadre pour leur mise en place du fait de réunions mensuelles et d’échanges divers autour de ces questions.
Dan : Il y a un aspect d’entraide en échangeant nos idées et en mettant en commun nos moyens et outils photographiques.
Fred : Ensemble, le collectif a plus de poids. Il est plus fort et permet d’agrandir le réseau.
Nico : Exact ! Et cela favorise la solidarité entre ses membres et du coup renforce leurs liens sociaux. Sur Toulouse, le collectif Approche photo est un bon exemple.

Pourquoi avez-vous accepté de devenir membre de ce collectif « 24/36 » ?
Nico : Je suis l’initiateur de ce collectif. Depuis 2007, je m’investis sans compter au sein de Poussière d’image, association photo toulousaine que j’ai créée. J’ai besoin de me libérer du temps pour ne pas faire « que » du Poussière d’image. Je souhaite aussi m’associer avec des photographes ayant une approche identique ou complémentaire à la mienne afin de partager des projets communs plutôt complexes, de manière sérieuse et rigoureuse, tout en favorisant le plaisir, notre essence première.
Dan : Je comprends Nico, donnant moi aussi pas mal de mon temps à Poussière d’image. J’ai trouvé son idée intéressante, puis cela me permettra de voir et de travailler différemment mes sujets. Collaborer avec six regards différents est un avantage supplémentaire.
Carmen : Je n’ai jamais appartenu à un collectif. Lorsque Nico me l’a proposé, j’ai tout d’abord été vraiment flattée de savoir que mon travail puisse intéresser d’autres photographes. Chacun de leur travail me rend vraiment curieuse d’en connaitre davantage. Alors voilà, j’ai accepté d’embarquer dans cette aventure.
Fred : Me concernant, il n’y a même pas eu de réflexion quant à l’acceptation lorsque j’ai entendu les noms des personnes approchées pour ce collectif. Je respecte et apprécie leur travail photo. Ce groupe ne peut que faire évoluer le travail de chacun.
Sandra : J’ai accepté car ce collectif se compose de photographes possédant des photos porteuses de messages forts et profondément humanistes. L’idée de pouvoir partager cette vision de la photographie est selon moi un atout majeur dans l’émancipation de ma créativité et dans mes réflexions artistiques.
Laura : La photographie fait partie intégrante de ma vie. Je souhaite la partager avec des personnes lui accordant le même intérêt. Nous sommes tous différents et c’est ça qui m’intéresse.

Seulement 6 membres : 3 hommes, 3 femmes. Pensez-vous qu’il y a une différence entre la vision photographique féminine et celle masculine ?

Dan : Oui je pense qu’il y a une différence sur la vision photographique dans la façon d’aborder et de traiter le sujet à photographier.
Fred : Je crois plutôt qu’il s’agît d’une complémentarité et non une différence. Que nous soyons hommes ou femmes, nous avons tous une certaine sensibilité, plus perceptible chez certains d’entre nous.
Carmen : C’est exactement ce que je pense !
Sandra : Difficile de répondre de manière catégorique à cette question qui je pense peut avoir une réponse ouverte dans le sens où il n’y a pas de distinction à faire entre les genres en photographie, à mon avis. Je crois plutôt qu’on peut penser la photo à travers un regard neutre, sans incidence, sans influence. Je ne pense pas qu’en regardant une photographie dégagée de la signature de son auteur/e nous pourrions être en mesure de savoir s’il s’agit d’un ou d’une photographe. Au niveau de notre collectif, au contraire, par la mixité présente, nous pouvons dire que peu importe la composition du groupe, finalement nous sommes tous en mesure de pouvoir répondre à un thème, et ceci en dehors du genre mais bien plutôt par rapport à notre subjectivité. Ainsi la vision dépendra davantage de nos vécus et de nos expériences.
Laura : Je ne pense pas. Chaque artiste a sa propre vision « Homme/Femme ». Dans tous les cas, de mon point de vue, chaque photographe a sa propre écriture.
Nico : Déjà, quel que soit le sexe, la vision photographique est propre à chacun. La mienne est différente de celle de Fred ou de Dan par exemple, ainsi que de Carmen, de Laura et de Sandra. C’est la conséquence de plusieurs vecteurs, notamment sociaux-culturels, d’éducation et de vécu personnel qui façonnent notre personnalité composée du caractère et de la sensibilité. On photographie avec notre œil mais aussi avec notre personnalité. Et c’est là, où personnellement, à tort ou à raison, je trouve qu’il y a, sans pour autant généraliser, une différence, souvent beaucoup plus douce et poétique voire onirique chez la femme, et beaucoup plus directe et rentre-dedans chez l’homme. Il n’y a pas pour autant une différence d’humanité entre les deux sexes. Nos visions s’associent et se complètent à merveille. C’est dans ce sens que j’ai souhaité une parité homme/femme pour notre collectif.

Vous connaissiez-vous avant d’entrer dans ce collectif ?

Nico : Lorsque mon idée de lancer un collectif était définitive, dans mon esprit c’était avec Fred et Dan. Je connais Fred depuis 2008 et Dan depuis 2009. C’est la photographie qui nous a mis sur le même croisement pour suivre ensemble la même route. Nous sommes de véritables amis et nous avons les mêmes attentes photographiques malgré nos styles différents. Concernant nos chères photographes, nous nous connaissons depuis peu de temps. Avec Sandra, cela fait depuis le dernier trimestre 2016 et son arrivée à l’asso Poussière d’image. J’ai vu en Sandra ce que j’étais quand j’ai commencé la photo. Elle est motivée, investi, impatiente d’apprendre et déjà une approche photographique à laquelle j’adhère. Elle pense photo, elle vit photo. Elle aussi est sur la route de la toxicomanie photographique ! J’adore. Concernant Carmen, cela faisait depuis quelques années que nous étions dans nos listes respectives Facebook sans pour autant avoir échangé une seule fois. Bref, on ne se connaissait pas. Pourtant je suivais cette élève de l’ETPA, ayant même été à sa première exposition à Toulouse, il y a 3-4 ans. J’appréciais son style et justement sa vision photographique qui se démarquait, et cela n’engage que moi, d’autres jeunes photographes que je suivais. Le hasard a fait qu’il y a un peu plus d’un an, elle a rencontré Fred et qu’ils sont devenus de grands amis… et forcément, par Fred, j’ai aussi fini par la rencontrer et je ne le regrette pas. Concernant Laura, c’est bien la seule que je ne connaissais pas avant de lancer le projet du collectif. Je me souviens une fois l’avoir contactée il y a 2-3 ans pour lui proposer de poser pour moi et cela ne s’était pas fait. J’avais vu qu’elle était aussi en apprentissage photo à l’ETPA. Le peu de clichés qu’elle diffusait était vraiment intéressant. Pour le collectif, Sandra et Carmen avaient validé, il me manquait donc une photographe à trouver. J’ai demandé à Carmen de me proposer 3-4 noms de jeunes talentueuses. Dans sa liste il y avait Laura. J’ai regardé le travail de chacune et c’est le sien qui m’a le plus interpellé. Notre première rencontre s’est faite en septembre, au festival Manifesto.
Carmen : Laura était avec moi pendant la formation de praticienne à l’ETPA, j’aime vraiment son travail, c’est pour cette raison que je l’ai conseillée auprès de Nico. Dan et Nico, je les ai connus par le biais d’expositions, dont la mienne que j’ai réalisée avec Frederick au Cactus, bar culturel toulousain. J’avais déjà vu quelques-uns de leurs travaux sur les réseaux sociaux à travers l’association Poussière d’Image. Et quant à Frederick c’est mon compère/acolyte photographique depuis 2 ans !
Fred : Je connaissais effectivement la plupart des membres du collectif. Je découvre et découvrirais un peu plus Laura et Sandra.
Dan : Je connaissais très bien Nico et Fred ; Sandra depuis un peu plus d’un an. Je connaissais Carmen mais beaucoup moins  son parcours photo et j’ai eu le plaisir de rencontrer Laura lors de notre dernière réunion pour le collectif, au mois d’octobre.
Laura : Je ne connaissais que Carmen depuis notre passage à l’ETPA, comme elle l’a signalé. Je m’entends très bien avec elle et  j’apprécie fortement sa photographie. D’ailleurs, merci, Carmen, de m’avoir conseillée auprès de Nico J que j’ai rencontré courant septembre avec Fred, puis Sandra et Dan en octobre. J’adhère au travail photographique de chacun. Une belle surprise et de belles rencontres !
Sandra : Avant de rentrer dans le collectif, je ne connaissais que Nico et Dan et un petit peu Fred croisé à de rares occasions. J’ai rencontré Carmen et Laura lors de nos premières réunions. Puis finalement j’ai déjà l’impression de tous les connaitre, c’est le feeling comme on dit !

Outre le travail d’auteur, vous allez cibler la photographie sociétale, comment comptez-vous l’aborder ?

Sandra : Il y a tellement de thèmes possibles qui touchent à la société dans laquelle on vit mais aussi les sociétés en général. Je souhaite partir d’un constat extrait du quotidien dans lequel nous vivons et dont nous n’avons pas forcément conscience. Je souhaite m’appuyer sur des expériences devenues automatiques et complètement banales pour nous afin d’en dégager une image forte. J’aime m’exprimer par des messages de sensibilisation au travers de mes clichés, pour réveiller les consciences.
Fred : La façon d’aborder le travail photographique va dépendre du sujet choisi. Si besoin je fais des recherches sur le sujet et j’essaie au mieux de répondre à la question « comment le traduire en image ? ». A partir de là, je note sur un papier des idées, voire même en esquissant des croquis. Certains sujets sociétaux peuvent aussi être simplement abordés en faisant un reportage photographique sur un lieu, une société ou une association en lien direct avec le sujet choisi.
Nico : Généralement, on parle surtout de photographie sociale, celle qui touche la vie des individus dans la société. La photographie sociétale va bien plus lien car elle ne s’arrête pas seulement aux individus mais à tout ce qui constitue et/ou qui touche de près ou de loin notre société actuelle et à son organisation. Les sujets sont vastes. L’objectif est de traiter ceux qui nous sensibilisent le plus, les aborder comme on le souhaite, soit de manière neutre (témoignage) ou soit de manière engagée (revendication) en s’attaquant par exemple à un fléau ou en défendant une cause, sans jamais tomber dans une propagande extrémiste. Pour ma part, j’espère exprimer mon opinion et ma vision de la société à travers mes clichés, sans dénaturer la réalité, mais en étant toujours direct, en laissant la subtilité de côté, sans état d’âme et concession.
Laura : Tout d’abord j’ai un coup de foudre, un sujet qui me touche et qui ne sortira plus de ma tête. Ensuite, c’est des rencontres, de longues discutions. Au bout de quelque temps, lorsque je sens quel axe je vais vraiment vouloir approfondir, je commence, je sors l’appareil et là je me laisse porter. Si je devais en quelques mots décrire comment j’aborde mes sujets sociétaux ça serait « se laisser le temps ».
Carmen : Tout comme le travail d’auteur, je souhaite aborder des sujets qui me sensibilisent. Mon but étant de créer un univers où le spectateur puisse se questionner, s’identifier, et être touché. Je porte également un intérêt sur la composition, et la couleur, afin que mon image soit picturale.
Dan : Une fois le sujet choisi, j’organise une liste : quoi, où, comment ? Je commence par du bouche à oreille pour trouver les personnes ayant le profil recherché au sujet. Ensuite, je m’entretiens avec la personne concernée pour échanger, afin qu’elle s’imprègne du projet futur.

Ce collectif a pour nom « 24/36 », que représentent ces deux chiffres pour vous ?

Dan : Pour quelqu’un qui a connu et commencé par la photo argentique, ça me rappelle la bonne vieille pelloche et mon premier boîtier réflex ! Aujourd’hui, ce chiffre est l’équivalent d’un capteur plein format.
Sandra : Ils correspondent à l’utilisation des appareils photographiques plein format. C’est la valeur de référence en photo. On pourrait s’imaginer qu’il s’agit d’une date, d’une heure, d’un code entre les membres du groupe mais nous ne sommes pas aussi tordus que cela ne puisse paraitre. Nous avons pris le temps de donner du sens à ce groupe qui prend naissance.
Nico : Vous allez rire ! Le 24 est la 1ere fois où j’ai été pris en photo, soit un jour après ma naissance. Et 36 est l’âge que j’avais quand je me suis mis à la photographie, non pas avec un 24/36 mais avec un aps-c. J’ai trouvé insolite cette coïncidence entre ces deux dates de ma vie et ces deux chiffres qui ont dans les deux cas un lien à la photographie.
Fred : Comme quoi il y a toujours des signes qui ne trompent pas ! Pour moi, cela représente… 24 et 36 J. Et puis en 24/36, un 20mm reste un 20mm. Bref une histoire pour couvrir tout un champ de vision.
Carmen : Le plein format en numérique. Qui permet d’exploiter pleinement tout l’angle de vision. Vision donc moins étriquée, un champ de vision plus large. Aération, libération, voir en grand ! D’ailleurs ça me fait penser à une scène du film Mommy de Xavier Dolan. Il débute par un format carré, mais au bout de 75 minutes de film, le personnage principal écarte les bras, et là, le cadre s’élargit. Libération de l’enfermement du personnage et du spectateur. Très très fort, j’ai adoré ! J Et pour conclure, nous utilisons tous, au sein du collectif, du plein format !
Laura : Oui, le format 24×36 permet de couvrir tout l’angle de vision de la focale un peu comme allégorie du collectif qui nous permet de couvrir chacune de nos visions photographiques.

Une cicatrice, son histoire, notre histoire

Stéphanie M., née en 1982, nous raconte l’histoire de sa cicatrice.

« C’était le jour de la rentrée en classe de 5ième. Je traversais sur le passage piéton et j’ai été percutée par une voiture roulant à vive allure. Je me suis retrouvée à l’hôpital, d’abord consciente mais en état de choc et avec des fractures multiples ; puis le trou noir avec 3 jours de coma », témoigne Stéphanie, adolescente de 13 ans au moment de l’accident. Ce 12 septembre 1995, à 9h03, sa vie a basculé. Ce matin-là, à Castres, le conducteur allait bien trop vite et ne l’a pas vue. Elle a frôlé la mort et se souvient, encore aujourd’hui, des moindres détails du choc et de ses blessures à la hanche, au genou, au pied, au bras et surtout à l’épaule, tout son côté gauche : « J’étais dans un état second, choquée. Malgré les fractures, je ne ressentais aucune douleur. En fait, et ce fut le sentiment le plus horrible, je ne sentais plus du tout ni mon épaule et ni mon bras, comme s’ils étaient morts ». Après être sortie du coma, Stéphanie a subi une première opération lourde afin de reconstruire son épaule. Son bras est resté bloqué pendant plusieurs mois, puis une seconde opération a permis de retirer toutes les broches, le tout laissant une double cicatrice de 15 cm et des séquelles physiques et psychologiques. « Mon bras gauche s’est arrêté de grandir suite à l’accident. Il mesure 4 cm de moins que le droit. Je ne le touche que depuis 4 ans. Et je ne me suis pas rasée ce bras blessé pendant des années car cela me remémorait les soins. Enfin, de manière instinctive, je ne laissais personne toucher mon bras, même pas mon compagnon », précise Stéphanie. Déjà à l’âge adulte on n’est pas préparé à vivre cela, alors imaginez à 13 ans. Le ressenti de Stéphanie est inflexible : « Je n’ai pas eu d’adolescence ! On n’est pas armé, à cet âge-là, pour prendre la mort dans la figure. Je me suis vue mourir ! ». Cet accident a été la cause d’un changement de vie de manière inconsciente et radicale. Elle s’est sentie coupable de l’accident. Personne ne lui a tendu la main et ne lui a expliqué qu’elle n’était pas fautive. Traumatisée et marquée à vie, elle a vécu toute son adolescence et sa vie d’adulte comme si elle allait mourir le lendemain et qu’elle méritait cela. Inconsciemment et de manière obsessionnelle, dans son esprit, chaque jour présent pouvait être le dernier, à tel point qu’elle cumulait n’importe quel projet en s’y investissant à fond, non stop, sans la moindre pause, mais toujours dans une maitrise la plus extrême. Tout devait aller vite, puisque par sa peur d’être victime d’un nouvel accident, chaque journée passée pouvait être sa dernière en vie. « Pendant des années, j’ai mené une vie hyperactive et excessive où il fallait que j’enchaine, que tout soit carré, toujours à la recherche de l’excellence à chaque instant, avec tout le stress que cela engendre. J’étais toujours une insatisfaite. J’étais dans ma bulle, une prison de verre, avec cette peur permanente inconsciente de mourir », révèle Stéphanie. Malgré ses journées chargées, elle ne comprenait pas pourquoi elle devait se lever le matin, pourquoi ce mal-être chronique alors qu’elle avait tout pour être heureuse : une fille, une vie de couple, une maison, une reconnaissance professionnelle, une activité sportive passionnante, etc. Ce n’était plus possible de vivre ainsi. En 2011, Stéphanie a décidé de suivre des séances d’hypnose et de kinésiologie et finir au cours de cette année 2017 avec l’EMDR pour essayer de guérir de ses maux intérieurs, comme elle le précise : « J’étais dans une telle maîtrise de vie, qu’il fallait que j’accepte que je puisse re-avoir un accident demain. J’ai choisi l’hypnose pour démarrer ». Sa séance d’hypnose a été d’une telle violence qu’elle est restée enfermée pendant 6 mois chez elle. Elle ne pouvait plus ouvrir la porte de son domicile et en sortir : « Lors de cette séance d’hypnose, j’ai revécu physiquement l’accident. Mon cerveau a rejeté cette souffrance. Ce fut atroce. Je me suis enfermée de longs mois car cela a accentué ma peur ». Heureusement, ses amis lui ont fait prendre conscience qu’elle se mettait psychologiquement en danger. Elle décide de rappeler son hypnotiseuse et la réaction de cette dernière a enfin été le déclic pour Stéphanie. Elle lui a répondu fermement : « Stéphanie, il faut juste que vous acceptiez de vous prendre une autre voiture sur la gueule ». La réaction de Stéphanie a été immédiate : « Là, je me suis mise à pleurer et j’ai lâché prise. Petit à petit, j’ai commencé à respirer, à me poser, à prendre du recul et de la maturité, et à ne plus avoir peur du lendemain. En 2017, elle rencontre une nouvelle et dernière méthode, l’EMDR, qui l’a amenée à sa guérison totale. Une méthode radicale qui travaille sur les troubles post-traumatiques où au final il ne reste que les souvenirs et plus aucun ressenties négatifs. « Je n’ai plus peur de prendre la voiture et de sortir. Je suis enfin en paix avec moi-même », se réjouit aujourd’hui Stéphanie. Plus de 22 ans après, le deuil est enfin accompli ! Stéphanie arrive même à ressortir du positif de cet accident. « A cause » de cet accident, elle a pu réaliser des projets ambitieux, devenir un pompier reconnu, pratiquer le rugby féminin de haut-niveau et participer de manière active à son essor national, sans oublier tant d’autres challenges et défis des plus difficiles qu’elle a relevés avec succès. Aujourd’hui, c’est une nouvelle vie. Elle s’occupe de sa fille de 17 ans, son métier actuel de photographe professionnelle l’épanouit, son compagnon Cyrille la comble, le Crossfit lui apporte un certain mode de vie… Bref, que du bonheur pour Stéphanie !

(www.stephaniemadaule.fr)