Une cicatrice, son histoire, notre histoire

Sonia P., née en 1988, nous raconte l’histoire de sa cicatrice.

« Très chaud d’un seul coup, grosses bouffées de chaleur, on monte à 39 de fièvre, t’enlève tous tes habits. Ça montait parfois à 138 pulsassions par minutes. Tu te sens oppressé, le cœur s’emballe, t’as l’impression que tu vas exploser », témoigne Sonia, toulousaine de 28 ans. Voilà ce qu’était le quotidien de 2004 à 2010 de cette jeune monitrice d’équitation. Vers ses 16 ans, elle a connu de fortes crises de tachycardie. « Cela pouvait être 3 ou 4 fois dans la journée. C’était surtout le matin au réveil et le soir, quand j’étais fatiguée. Après les repas aussi », se souvient-elle. Quand elle commençait à avoir chaud, ce n’était pas bon signe. Elle se mettait au frais et attendait que cela passe. Des prises de sang ont permis de découvrir les causes de ses crises : « C’était la thyroïde qui débloquait. Pendant 5 années, j’ai testé plusieurs traitements sans succès même si un d’eux marchait mais il me détruisait les globules blancs et bloquait ma tension à 9 ». En 2010, Sonia se fait opérer. L’opération s’est bien déroulée mais la cicatrice, elle, n’a pas tenue. Trois jours après, les agrafes ont lâché. Retour en urgence à l’hôpital. Malheureusement, lorsqu’on referme une cicatrice pour une deuxième fois, le résultat en prend un coup. Sonia n’a pas oublié : « Ils me l’ont refermée comme des barbares. Le résultat n’était pas beau à voir : un gros bourrelet rouge vif au milieu de la gorge qui a mis 5 ans à s’estomper un minimum. Les premières années, les gens ne regardaient que ça lorsqu’ils me parlaient. C’était chiant ! ». Pour que cela passe inaperçu, elle la cachait avec des colliers. Aujourd’hui, lorsque quelqu’un lui fait remarquer sa cicatrice, elle en rigole et maitrise la dérision de manière à ce qu’il regrette d’avoir posé la question. Beaucoup plus délicates, ce sont les conséquences de cette opération. La thyroïde a été enlevée mais Sonia a toujours les signes qui vont avec. « Avec le recul, on se rend compte que c’est une catastrophe de l’enlever parce que le milieu médical ne sait pas gérer l’après. A refaire, je n’aurais pas accepté l’opération », souligne Sonia. Elle a découvert, seule, les effets secondaires de la maladie, comme par exemple la prise de poids, ou l’effet yoyo entre l’état de fatigue et l’état euphorique. Personne n’avait pu ou su lui expliquer les conséquences du retrait de la thyroïde. En premier lieu, un traitement médical est à prendre quotidiennement et à vie, de plus en le réajustant sans cesse en fonction du train de vie, de l’état d’esprit, des émotions du moment présent. Des prises de sang sont à prévoir tous les trois mois. Ensuite, des dérèglements hormonaux arrivent régulièrement. « Mon taux d’hormones est déjà monté jusqu’à fois 5 fois supérieur à la normale », indique Sonia. Ils peuvent entrainer une hyperthyroïdie (hyper activité, tachycardie, nervosité, perte de poids…) ou une hypothyroïdie (prise de poids, grosse fatigue, baisse de tension, dépression…). « Je peux prendre un kilo par semaine. J’ai un régime strict à suivre et beaucoup de sport à faire. Certaines personnes peuvent prendre 25kg très rapidement qui sont difficiles à perdre. Moralement c’est rude. La maniaco-dépression est aussi un des symptômes. Quand cela te tombe dessus, tu ne peux rien y faire. Je peux pleurer pendant 3 jours non-stop et pourtant ce n’est pas du tout dans mon tempérament… Tu ne peux que subir », témoigne Sonia. Les grosses crises sont si violentes qu’elle préfère s’isoler : « Je ne veux personne. Personne ne peut t’aider dans ces moments. Les crises les plus terribles, même si elles sont rares, nous rendent tellement minables, que personnellement je préfère me les gérer toute seule, sans que l’on me voie au fond du seau ». Sonia sait que ces crises sont passagères. Elle les gère en attendant que cela passe, en maîtrisant aux mieux sa nervosité, en évitant les pensées négatives, en ne se jugeant pas, en ne se culpabilisant pas, comme elle le confirme : « Il faut absolument rester bienveillant envers soi-même, sinon tu plonges. C’est un tel bordel qui s’abat sur toi d’un coup qu’il faut rester le plus calme possible. Tout est altéré : la concentration, les choix, l’humeur ». Pour gérer son calme et se recentrer sur soi-même, Sonia pratique le yoga et se tourne aussi vers les médecines alternatives. Ca l’aide à reprendre le contrôle sur le sommeil, le poids, la dépression. Son amour pour les chevaux, sa passion pour l’équitation lui donnent aussi beaucoup de force. Elle ne lâche pas le moral. Garde toujours espoir et va toujours de l’avant. Une battante !